PARTICIPATION, IDENTITÉ ET INDIVIDU

Beaucoup de gens issus de tous les milieux et d'horizons intellectuels différents participent aux projets du service. Les types de service que préconise Gülen – éducation, santé, dialogue interculturel et interreligieux, coopération des civilisations – exigent des actions et porte sur les relations de la vie quotidienne entre tous les membres de la société et de l'humanité.


Les relations sont affectives, interpersonnelles, sociales, informelles et intégratives, professionnelles, formelles et contractuelles, culturelles, éducatives, autoréflexives, altruistes et apolitiques, locales, internationales, pacifiques, civilisatrices et fondées sur des projets de collaboration.


Les gens s'intéressent au Mouvement Hizmet en lisant des ouvrages de Gülen, par l'écoute de ses conférences, par le sens général et le message des services altruistes, et par la vision que le Mouvement a du monde. Il se peut qu'ils aient des amis exemplaires faisant partie du Mouvement, ou qu'ils connaissent des acteurs du Mouvement dans leur environnement proche, parmi leurs voisins ou leurs proches, et qu'ils soient attirés par leur comportement et leur sincérité.


Ils sont très conscients de ce qu'ils pensent et font. Ils sont pleinement intégrés et impliqués dans leur travail, désireux de sacrifier beaucoup de leur vie personnelle pour servir, y compris de quitter leur patrie pour aller travailler à l'étranger.


L'immense majorité des acteurs est constituée de jeunes étudiants. Le deuxième groupe (presqu'aussi nombreux) concerne les diplômés d'université. La moyenne d'âge dans le Mouvement est entre 25 et 30 ans. Les gens dans les réseaux de service viennent pour la plupart des classes moyenne et supérieure. Ils viennent de milieux bien intégrés, urbains, avec un haut niveau de réussite universitaire.

Les participants bénévoles sont en général issus de la classe moyenne urbaine, relativement privilégiés et bien intégrés : ils possèdent une compétence technique et culturelle ou occupent une position ou une fonction au plan économique qui les rendent susceptibles de se mobiliser, parce qu'ils voient les contradictions du système, et que leur niveau d'instruction et leur milieu intellectuel promeuvent des valeurs égalitaires et antiautoritaires.


Non. La participation d'étudiants et de nouveaux venus issus d'une grande variété d'expériences sociales et de contextes a augmenté, mais sans radicaliser le Mouvement ni provoquer de clivages, en son sein ou dans la société turque. En effet, les acteurs placent en priorité le développement personnel en interne, le développement de la liberté d'expression et la participation démocratique.


Ils viennent dans le Mouvement parce qu'ils voudraient participer à un système qui fonctionne déjà. Le Mouvement leur offre des lieux et des canaux pour exprimer des opinions, convaincre les gens et aboutir à une décision majoritaire. Les nouveaux participants qui ont eu des engagements antérieurs, peuvent bien entendu avoir accès à ces canaux. Cependant, si les points de vue ne sont pas en accord avec les principes généraux de l'action collective du Mouvement, ils peuvent être exprimés mais ils ne peuvent pas être imposés à la majorité. Aussi les nouveaux venus dans les réseaux s'orientent-ils souvent vers de nouveaux objectifs de transformation.

Sauf s'ils admettent et diffusent le point de vue du Mouvement Hizmet, et s'ils contribuent d'une certain façon à ses services, les participants auront du mal à être reconnus comme faisant partie du Mouvement.

Cependant, s'intégrer dans un réseau de service ou une institution n'exige pas d'eux d'abandonner les autres réseaux sociaux auxquels ils appartiennent, mais ils peuvent les utiliser pour diffuser les nouveaux messages et les nouvelles conceptions qu'ils apprennent.


Il n'existe pas d'adhésion formelle au Mouvement en tant que telle. Les individus n'appartiennent pas à une seule communauté ou à un réseau particulier. Ce qui distingue le Mouvement Hizmet, c'est la multiplicité des affiliations de ses acteurs. Ils participent simultanément à de nombreux domaines de la vie sociale et associations de types divers.

L'écrivain et journaliste Abdullah Aymaz est un exemple de ces affiliations multiples :

« Je suis enseignant et écrivain. J'ai des engagements tels que mon travail, et aussi des contributions additionnelles bénévoles à des organes de presse auxquelles je collabore comme journaliste. Je participe également à des actions dans le voisinage et la communauté où ma famille réside. Je m'intéresse aux questions scientifiques, et je participe donc au comité éditorial et au comité de sélection d'un mensuel scientifique. Mes enfants sont au lycée, et je fais partie des parents d'élèves qui travaillent pour l'amélioration les services éducatifs. Je suis aussi impliqué dans le dialogue interreligieux, et je visite et reçois des gens de différentes communautés religieuses. Je participe à des réunions et à des réseaux composés de personnes de ma ville natale et des lieux où j'ai vécu auparavant. Bref, je suis dans différents réseaux correspondant à mon lieu de résidence, mon travail, mes centres d'intérêt, ma ville natale, la scolarité de mes enfants, etc. Il existe au sein du Mouvement des milliers de gens qui participent à plus de réseaux et à plus de services à la communauté que moi. »

Dans chacun de ces cadres, seule une partie de l'ego, et seules certaines dimensions de la personnalité et de l'expérience sont mobilisées. Dans une quête qui se fonde sur des motivations religieuses, des affiliations diverses sont un voyage vers le développement et la signification personnels et spirituels.


Ni les nouveaux venus ni les acteurs existants ne sont des gens mal intégrés, exclus, marginaux ou déracinés. Les recherches montrent que les participants sont des gens actifs et intégrés dans leur communauté. Cela contredit l'hypothèse habituelle selon laquelle la mobilisation est un phénomène qui concerne ceux qui sont le plus victimes de désagrégation et d'exclusion sociales. En effet, on est peu disponible pour se mobiliser dans ces groupes de marginaux et de déracinés. Ceux qui deviennent acteurs d'un mouvement ont en général une identité collective plus solide et des liens étroits au sein d'un réseau d'affiliations sociales.

Parmi les gens qui constituent les réseaux de service du Mouvement, on trouve un très fort pourcentage de gens de la classe moyenne ou occupant des positions économiques et sociales supérieures. Ils possèdent une vision du monde plus large. Ils acquièrent une sensibilité à des problèmes et à des causes spécifiques comme générales. Ils se procurent les informations, ainsi que les talents et les compétences nécessaires afin de lancer des projets de service qui répondent à de réels besoins sociaux.

Les participants s'engagent très ouvertement dans des projets éducatifs, culturels, de dialogue interreligieux, de paix sociétale et de coopération entre civilisations. Ils sont ainsi reconnus comme porteurs de valeurs éthiques universelles, et non d'idées ou d'orientations étroites, marginales ou exclusives.


Ils sont très divers et très dispersés. Il est difficile d'identifier des catégories sociales particulières au sein des groupes socioéconomiques qui ont une relation stable de coopération avec le Mouvement Hizmet. Ils appartiennent à un nombre croissant de fonctions et de professions.

Il est cependant possible de dire que l'immense majorité des acteurs du Mouvement qui sont instruits ne travaillent pas dans des métiers à orientation religieuse mais dans l'éducation, l'ingénierie, les sciences et les affaires. Ils soutiennent une initiative inspirée par une religiosité raisonnable visant à construire un réseau d'écoles, d'universités, d'hôpitaux, de médias et d'entreprises. On peut y voir une « troisième voie » entre les forces de la laïcité militante et celles de l'islamisme radical, ce qui est un facteur encourageant à l'égard du Mouvement de la part des « tierces parties » non participants. On peut trouver de bons exemples de ces gens-là dans le livre intitulé Barýþ Köprüleri : Dünyaya Açýlan Türk Okullarý (trad. Les Ponts pour la Paix : Écoles turques dans le Monde), qui est une compilation de vingt-sept articles rédigés par des hommes d'État, des politiciens, des universitaires, des penseurs et des journalistes « tiers ». Les articles analysent plus de trois cents institutions éducatives, et d'autres initiatives des bénévoles du Mouvement Hizmet dans quatre-vingt dix pays.


Ce sont les individus qui jouent le rôle le plus important dans le processus qui conduit à s'engager dans le Mouvement. Un contact interpersonnel préalable est pour le Mouvement la source de bénévoles la plus riche. Les relations dans la vie sociale facilitent cet engagement et font qu'il est facile et commode pour les gens de rejoindre des réseaux de services et d'y apporter leur contribution.

Au sein de ces réseaux, les gens entrent dans des relations et des négociations pour développer des systèmes d'idées et de motivations nécessaires à l'action. Les gens acceptent de leur plein gré des missions qui sont en harmonie avec leurs caractéristiques personnelles et leurs traits de personnalité. Les gens rejoignent ces groupes de service consciemment, car ils désirent changer et réorienter leur propre existence.

Dans ces contextes sociaux, les gens peuvent discuter des actions appropriées et mettre en œuvre les ressources matérielles, le capital culturel et le travail. Les processus sociaux et cognitifs en jeu dans de tels contextes aident à développer les raisons qui légitiment la formation d'un projet et le suivi de tout projet. Outre cette logique, les gens développent également la conviction que le projet ou l'institution et ses services sont réellement nécessaires et qu'ils méritent toutes les contributions qu'ils leur apportent.


Comme le comportement humain ne se réduit pas à une seule dimension, tous les problèmes sont d'abord proposés à des réseaux de gens, pour qu'ils leur apportent une solution, à travers un processus de communication. En même temps, les personnes sont informées au sein de la collectivité. Alors ils s'intègrent volontairement dans des réseaux relationnels de services éducatifs, sociaux et altruistes. Le Mouvement Hizmet ne procure pas aux gens une identité, mais les ressources pour qu'ils construisent eux-mêmes leur propre identité. Il les rend responsables à la fois de leur identité et de leurs actes.


Le coût faible ou nul pour entrer dans un projet ou un réseau, ou en sortir, signifie que la participation peut être temporaire et à court terme. Elle n'exige pas du participant qu'il renie ou rejette ses autres affiliations, ses relations ou ses visions du monde. La participation à un projet spécifique peut être à court terme, mais celle d'un individu aux valeurs et au sens de l'action collective du Mouvement ne l'est pas. Les individus quittent rarement le Mouvement, mais proposent de participer à un autre projet. La structure par projet et réseaux du Mouvement ne fait pas obstacle à cette capacité de passer d'un projet ou d'une institution à l'autre si le participant le souhaite.

Le grand nombre de projets et de réseaux disponibles facilite la migration d'une personne vers un autre réseau de service ou projet. Partager des objectifs à court terme signifie que seul un élément de l'expérience personnelle est en jeu. De cette façon les individus ou les groupes, engagés dans un réseau de service, n'imaginent aucune hypothèse erronée d'échec, de départ ou de trahison de certaines personnes.


La pluralité des objectifs et des ressources au sein du Mouvement signifie que, lorsque des gens changent de réseau, les conséquences en sont minimes en termes d'amélioration et d'efficacité pour leur contribution comme pour le réseau. En outre, au fur et à mesure que l'éventail des réseaux de service possibles et de choix s'étend avec le développement au sein du Mouvement du champ des missions et des activités, quitter un groupe pour un autre devient un événement moins dramatique pour la personne.

Les gens ne rejoignent pas les réseaux de service sur une seule base personnelle, et ils n'y agissent et travaillent pas par intérêt personnel. Ils le font grâce à des canaux relationnels : amis, voisins et associations professionnelles. Les individus ont l'occasion, dans les réseaux de service, de se connaître mutuellement comme des êtres humains. Cette fraternité informelle développe une sympathie mutuelle qui contribue à l'intimité, à la cohésion sociale ou à la solidarité. Le Mouvement n'a, par conséquent, pas besoin d'un comportement cérémoniel et formel, de rituels, symboles, slogans, costumes ou badges pour entretenir une identité ou une unité. Les nouveaux venus conservent leurs relations avec des gens extérieurs au Mouvement. Ils ne sont pas incités à laisser tomber ou négliger qui que ce soit.

La participation au Mouvement se fonde sur le partage d'informations, l'échange et l'interaction, et sur un rôle actif assumé dans l'action collective. Elle prend la forme de cercles fondés sur l'amitié. Elle est contextualisée : les gens y ont des amitiés et des intérêts simultanés et multiples, et des engagements professionnels et altruistes. Les échecs qui peuvent survenir pour une raison ou une autre ne sont par conséquent pas supportés par la personne dans la solitude et l'isolement.


Non. Appartenir à un réseau au sein du Mouvement Hizmet ne relève pas d'une absence d'option mais d'un choix librement assumé. C'est à la suite d'une décision consciente que les gens entrent dans le Mouvement pour y déclencher et y vivre un accomplissement de soi. C'est pourquoi l'action collective du Mouvement se révèle pour beaucoup être un appel ou une vocation. En outre, dans les différents réseaux de service auxquels ils participent, les gens sont de plus en plus motivés et inspirés par les idées et les façons de faire des autres acteurs.


Les gens rejoignent librement les associations et les services de leur choix, et ils sont également libres d'en partir sans avoir à payer quoi que ce soit. Que la motivation sous-jacente à une telle participation volontaire soit l'accomplissement de soi, l'expression de soi, le développement personnel ou quoi que ce soit d'autre, elle exprime la nature et l'élément individualistes de la société civile.


La plupart des gens qui participent aux services sont présentés par des amis. Le fait que ce ne soit pas par l'intermédiaire de parents proches ou par un système de type clanique, montre que les relations au sein du Mouvement peuvent être ouvertes, transformatrices et durables. De même, le fait que la présentation et la participation au Mouvement ou aux projets de service interviennent grâce aux relations de la vie quotidienne ou à des collègues de travail, montre que la perspective culturelle ou la vision du monde du Mouvement Hizmet sont considérées comme légitime et rationnelle. La participation de gens qui n'ont pas grandi dans une communauté ou ses réseaux est également importante : elle est l'indice de choix purement personnels et d'une forte identification subjective. Les gens sont les acteurs de leur réflexion et de leur évaluation de la décision de participer à l'action collective du Mouvement.


Les affiliations pleines, solides et multiples que les gens vivent au sein des réseaux et des projets les inspirent, les motivent et les engagent dans les services qu'impliquent les projets. Mais les participants ne séparent pas leur vie privée de ces projets. Au contraire, ils relient leur vie privée à leurs activités publiques et à leur environnement social. Cela conduit à des continuités harmonieuses et pacifiques plutôt qu'au détachement, à l'aliénation, à la frustration et aux antagonismes.

Il existe aussi un grand nombre de gens qui ont des sympathies pour l'action collective du Mouvement Hizmet sans y participer activement. Cela montre que le Mouvement n'est pas un acteur isolé mais est capable de nouer des liens affectifs avec le grand public et en son sein. En effet, on n'attend pas de ceux qui participent au Mouvement qu'ils rompent leurs liens sociaux antérieurs. On attend d'eux qu'ils aient d'autres liens sociaux, et qu'ils créent de nouveaux liens pendant qu'ils sont « dans » le Mouvement. De telles affiliations multiples sont en principe, et dans la pratique, favorisées : la loyauté tourne autour de la fourniture efficace des services par les projets, et sur la complémentarité entre services. Elle n'est pas centrée sur le Mouvement lui-même. La solidarité entre participants résulte du partage de l'effort, des expériences et des souvenirs partagés. Elle ne résulte pas du tout d'une condition préalable au travail à faire.


Le Mouvement Hizmet a été principalement organisé à travers des relations interpersonnelles informelles et transversales de la vie quotidienne. Cela crée des liens entre participants des communautés locales. Au sein de ces réseaux, les relations sont insérées dans des systèmes de relations fondés sur l'amitié, le voisinage, les professions et les intérêts personnels. Les relations concernent les activités sociales, culturelles et religieuses, communautaires et humanitaires. Les activités dépassent de loin la sphère des activités politiques publiques et relient entre eux les lieux et les générations. Les participants se sont révélés capables de bâtir des ponts au-dessus des barrières idéologiques et sociales, grâce à des participations multiples, et de renforcer la confiance mutuelle.

Bien qu'ils paraissent relativement simples, les réseaux ont joué un rôle important pour relier les gens à des dynamiques sociales plus vastes et des SMO différentes. De nouvelles potentialités de la société, qui auraient pu être tentées par le conflit et la violence, sont ainsi transformées en actions productives, collectives et utiles, et en des projets constructifs.


Le Mouvement Hizmet affiche une identité unifiée, fondée sur des services de bienfaisance pour tous, et est organisé en réseaux parce que les relations au sein du Mouvement ne sont ni hiérarchiques ni mécaniques ni prédéterminées. Ainsi, aucun groupe ni réseau n'impose aux autres un lourd fardeau de restrictions ou de responsabilités. Les réseaux permettent une relation d'autonomie et d'interdépendance.

Les chercheurs en sociologie ont mesuré l'efficacité personnelle et ont découvert que plus les participants au Mouvement sont actifs, plus ils sont sûrs d'eux, confiants, énergiques et efficaces pour faire usage de leurs capacités, comparés à ceux qui sont moins engagés dans le militantisme.

Dans la vie quotidienne, les relations interpersonnelles intimes et les relations émotionnelles avec leurs proches permettent aux individus de donner du sens à leur monde à travers les réseaux. Les interactions interpersonnelles et les liens affectifs sont le contexte fondamental de la participation à un mouvement. Grâce aux réseaux de service, les gens deviennent plus à même d'entrer en contact avec d'autres systèmes, relations, conceptions, buts et intérêts. Sans de tels réseaux, il est impossible, pour la plupart des gens, d'entrer en contact avec tout cela par eux-mêmes.


Les individus et les groupes se sont retrouvés dans le Mouvement pour donner du sens à ce qu'ils sont dans l'unité et dans l'action. Ils reconnaissent et soutiennent les sens, les valeurs et la pluralité des aspects qu'ils trouvent en étant et en agissant ensemble. Ils partagent des orientations qui relient les acteurs à la manière particulière d'agir ensemble, au fil du temps. Au milieu des opportunités et des contraintes, ils partagent le produit de leur travail. Ils partagent également la définition de buts légitimes et de moyens de les atteindre, le domaine dans lequel ils travaillent, le type d'investissements qu'ils doivent faire dans un projet, et la récompense qu'ils peuvent en attendre. Ces processus continuels deviennent un réseau de relations actives entre acteurs qui interagissent, communiquent, s'influencent mutuellement, négocient et prennent des décisions.


En fait, les gens peuvent participer aux projets de service et aux institutions du Mouvement à différents niveaux d'engagement et à différents niveaux d'implication. Il est entendu qu'une identité partagée caractérise le Mouvement dans son ensemble. Mais l'identité du Mouvement Hizmet est rendue ouverte et accueillante par les différents niveaux d'affiliation des participants et des non participants dans les projets de service et les SMO.

Il n'est ni aliénant ni sectaire d'entrer dans un réseau, de participer et de s'affilier au Mouvement, car le Mouvement est ouvert au monde extérieur, et il n'a pas et ne cherche pas à avoir une structure organisationnelle totalitaire, mais il est et cherche à être compatible avec d'autres acteurs collectifs et d'autres organismes de la société civile. Le Mouvement Hizmet ne se réduit pas à un moment et à un lieu (ou à un territoire). Cependant, cette ouverture n'a aucun effet négatif sur l'homogénéité et l'efficacité des projets de service.


Rien de tel n'est exigé des participants. L'engagement personnel dans un projet particulier ou dans un réseau de service particulier n'impose d'engagement pour la vie. Les gens passent d'un service à un autre, et l'engagement peut être temporaire.

Les acteurs du Mouvement appartiennent à de nombreux réseaux sociaux et apprécient la complexité des relations humaines. Cela permet aux gens de chercher et de saisir toute opportunité pratique d'intégrer, en l'organisant soi-même, l'expérience personnelle dans la vie quotidienne. L'accomplissement de soi se fait grâce à la formation de la signification qu'on choisit soi-même de donner, et à une intégration et une expérience qu'on organise soi-même.


Non, les réseaux relationnels ne prennent pas une telle forme. Ils sont au contraire construits et renforcés par l'interaction et par la valeur accordée aux points de vue individuels, à la contribution philanthropique et à la spéculation collective. Les gens ne cherchent pas à acquérir une identité commune, ou à remplacer ou à déplacer des associations primaires (sexe, groupe d'âge, lieu, ethnicité). Les participants n'étaient pas auparavant des gens isolés. Ils ne voient pas une famille de substitution dans le Mouvement. Ils n'utilisent pas les réseaux comme un moyen temporaire de rechercher une identité, d'acquérir un pouvoir politique ou de résister à un tel pouvoir. Ils y trouvent une relation authentique entre eux-mêmes et avec les autres, et s'appellent donc mutuellement, et la société dans son ensemble, à la responsabilité.


Au moment où ils rejoignent les réseaux de service, il se peut que les gens ne s'investissent pas personnellement profondément. Leur engagement et leur contribution vont au contraire croître au fur et à mesure que se développe et mûrit leur connaissance du domaine dans lequel ils sont venus apporter leur contribution. Cet investissement va progressivement renforcer le lien du participant avec un réseau de service ou une SMO, et c'est un investissement culturel.

Des relations ainsi construites sont beaucoup plus profondes et étroites qu'une participation à court terme. Elles sont complètement différentes de la participation à des actions et à des organisations aux accents totalisants (par exemple avec des définitions extrêmes et simplistes des gens et du champ d'action). La capacité que les participants développent dans les réseaux, à réfléchir sur eux-mêmes et sur l'action, et leur participation directe à l'action collective, donnent à leurs yeux du sens à leur action. La forme culturelle, symbolique et plurielle des projets de service du Mouvement respecte les différences entre les personnes et leurs besoins.


Au sein de ces réseaux de service, les gens viennent pour comprendre que le vaste potentiel de changement dans la vie d'autrui est beaucoup plus grand que leur propre capacité individuelle et concrète d'agir. En nouant des relations sociales, les gens se rendent compte par eux-mêmes qu'un individu est limité et ne suffit pas à lui tout seul. Mais par ailleurs, ils ont des opportunités de compenser ces limitations dans un service à la communauté grâce au potentiel de l'action collective.


La plupart des acteurs du Mouvement Hizmet sont instruits et viennent de milieux jouissant d'une image positive. Ce ne sont pas des gens égarés ou inadaptés. Ils ne se sont pas laissés séduire par une utopie, par un leader coercitif et autoritaire ou par le projet de défier l'autorité pour provoquer un changement de régime en Turquie.

Les participants rejoignent les réseaux avec la conviction qu'ils peuvent faire quelque chose d'utile pour la société, et que cela peut marcher. Leur intention est altruiste plutôt qu'égoïste. Ils n'essaient pas de changer la direction dans laquelle le système se développe.

En outre, ni la pression psychologique ni la pression politique ne sont les seules raisons pour lesquelles on rejoint un mouvement, et de telles pressions ne se rencontrent pas dans les modalités de participation au Mouvement Hizmet.


Il est certain qu'il n'existe aucune pression pour rejoindre le Mouvement, y croire et s'y conformer. Tous les participants s'engagent de leur plein gré et consciemment. Il n'y a aucun exemple ni aucune accusation de persuasion coercitive, de manipulation des consciences, d'annihilation forcée de l'âme, de lavage de cerveau ni de punition ou de violence psychologiques. On ne rencontre rien de tout cela chez les gens qui participent au Mouvement.

Appartenir à un projet à base communautaire ou à un réseau de service au sein du Mouvement signifie pour l'individu son intégration dans un collectif où existent des canaux adéquats pour que les gens expriment leur aspiration et leur intention de servir l'humanité. En outre, la participation est ouverte et multiple. Les gens s'impliquent dans des réseaux d'affiliation croisés et se chevauchant. Les réseaux de service peuvent communiquer les uns avec les autres. En même temps, chacun peut être intérieurement intégré mais extérieurement séparé des autres par la géographie, les objectifs, les réalités locales ou les sensibilités régionales. Dans le Mouvement, la mobilité personnelle et la multiplicité des affiliations sont encouragées et accessibles à tous. Les canaux associatifs, professionnels, communautaires et institutionnels qui traitent les demandes sont toujours ouverts, et aident à empêcher la ségrégation et le conflit.


Dans un mouvement social, les « passagers clandestins » sont ceux qui ne s'engagent pas activement s'ils pensent que c'est dangereux ou coûteux pour eux. Ils laissent l'activisme à d'autres, même s'ils prennent leur part de tout bienfait ou bénéfice acquis. Les effets éventuels négatifs de cette sorte d'attitude de parasitisme sont limités par des facteurs internes au Mouvement, tels que le choix des projets par les participants, leur accomplissement personnel, leur altruisme et leur vocation. En outre et en premier lieu, les discussions face à face, la disponibilité des informations et des canaux de communication, un leadership compétent dans les SMO, la liberté de choix d'entrer, de sortir ou de se retirer d'un réseau de service font obstacle au développement du phénomène de passager clandestin au sein du Mouvement.

Dans les projets de service d'inspiration religieuse, l'attente d'une récompense de la part de Dieu seul, la pureté d'intention, ou le fait de devoir rendre des comptes devant Dieu pour ses actes et ses intentions, qui constituent ce qu'on peut appeler la piété ou la conscience de Dieu, contribuent à éviter, ou au moins à minimiser ce problème.


Pour le Mouvement Hizmet, l'identité n'est pas une chose imposée par l'appartenance et l'affiliation à un groupe. Elle est construite par chaque personne, dans sa capacité à être un acteur social. Elle est toujours en accord avec la capacité sociale. Un sentiment de relation se forme au niveau de la personne individuelle, et éveille en elle l'enthousiasme et la capacité à agir. À travers la sociabilité, les gens redécouvrent le moi et le sens de la vie.

Le service altruiste auquel incite le Mouvement est cet effort de sociabilité et de relation humaines. Là réside la particularité distinctive du Mouvement. Il ne conduit pas à une fuite vers le mythe de l'identité. Il n'attire pas l'individu dans une fiction illusoire pour qu'il se libère par magie des contraintes de l'action et du comportement dans la société. Il réaffirme le sens de l'action sociale comme capacité à produire consciemment l'existence et les relations humaines.


Dans le Mouvement Hizmet, l'identité n'est pas quelque chose qu'on prend ni qu'on donne. Elle est dynamique, elle est toujours le résultat d'un processus actif, et elle a une continuité. Puisque les participants la revêtent, la possèdent et la conservent de leur plein gré, leur identité ne leur est pas imposée. Le service social et les réseaux de projets du Mouvement orientés vers le monde réel ne peuvent imposer aux participants aucune forme d'identité. Les individus construisent leur identité à travers leurs actes, leur action et les services qu'ils rendent, leur intention et leurs buts dans le Mouvement, et leurs choix personnels et leur personnalité.


Les relations, les services et leurs produits donnent aux participants le sentiment d'être un « nous », et entretiennent une solidarité implicite au service des projets et des buts que poursuivent leurs institutions. Cela aboutit à une reconnaissance réciproque de l'identité du Mouvement comme acteur collectif.


Non, ce risque n'intervient pas car les personnes elles-mêmes construisent les multiples relations sociales de leur vie quotidienne. Elles peuvent facilement s'adapter aux projets afin d'améliorer les circonstances sociales de leur région. Elles peuvent ainsi donner à leur existence un sens et une orientation au sein de réseaux et de services relationnels et professionnalisés.

Les individus ne courent aucun risque de se perdre dans les réseaux de service. Ils ressentent que leurs particularités personnelles sont respectées. Ils ne cessent pas d'exister en tant qu'individu mais apprennent à apprécier le contact en réseau entre les gens. Leur interaction et leur communication, les exigences fondamentales de la vie sociale, sont plus aisément conservées et arbitrées par des réseaux d'appartenance. À travers ces réseaux, les gens s'orientent vers une vie paisible avec le Mouvement et avec l'extérieur, le public au sens large.


Les initiatives privées et la concurrence que le Mouvement encourage pour soutenir les services publics et philanthropiques sont toutes fondées sur le libre choix. Elles sont basées sur la participation volontaire et interviennent simultanément à différents niveaux de l'espace et du système social. Le Mouvement a opté pour une approche du bas vers le haut pour transformer les individus à travers l'éducation, la communication et la coopération, plutôt qu'une approche du haut vers le bas, typique d'un gouvernement, d'un État ou d'un régime qui tente de provoquer un changement.

Ainsi le Mouvement n'a pas mobilisé pour réclamer une distribution différente des rôles, des récompenses ou des ressources, ni s'opposer aux autorités et au pouvoir. Les acteurs n'utilisent pas leurs efforts éducatifs et interculturels comme des instruments pour repousser les limites du système. Ils souhaitent, tout en conservant leur identité et leurs valeurs morales, être des partenaires et des participants modernes pour la communauté européenne et, plus largement, mondiale.


La participation aux services prend des formes relativement stables et durables. Les gens vont et viennent, se remplacent les uns les autres, mais les projets restent et continuent. Les besoins individuels et les buts collectifs ne s'excluent pas mutuellement, mais sont une seule et même chose, ils coïncident et se mêlent dans la vie quotidienne avec l'action du Mouvement. Le Mouvement devient alors pour les individus un véhicule, un moyen pour transformer le potentiel latent en action collective visible. La participation aux services autour d'un but commun, et la tangibilité des produits, produit et renforce la solidarité. Les aspects visibles de la mobilisation à l'extérieur, et sa rapidité, son ampleur et son succès, sont le reflet de la solidarité entre les participants à l'intérieur.

La cohésion sociale du Mouvement est culturelle par nature. Jusqu'à un certain point, la solidarité du groupe est inséparable de la quête personnelle et des besoins affectifs et de communication quotidiens des participants au réseau. Elle reste pourtant accessoire par rapport au but premier, et n'est pas un but en soi. Elle accompagne plutôt l'action, de manière naturelle, résultant des expériences et des souvenirs emmagasinés, et subsiste à travers le travail de réalisation des projets collectifs.


Le Mouvement Hizmet est orienté vers l'action et les buts. Cette orientation construit dans le Mouvement une identité relativement cohérente et homogène. Elle renforce l'interaction humaine et psychologique de face à face et, en retour, facilite l'action collective sous toutes ses formes, y compris les SMO. Des nombreuses actions collectives ont des orientations, des composantes et des niveaux différents, qui correspondent à différents niveaux socio-historiques ou couches dans une société donnée. Le Mouvement est un acteur collectif qui identifie et reconnaît lui aussi des niveaux spécifiques et une pluralité de niveaux au sein de la construction de l'action et de l'identité collectives.

Cependant il ne nie pas et ne tente pas d'éliminer les différences entre les gens, mais il essaie de les rassembler autour de ressemblances et de références mutuellement reconnues afin qu'ils puissent rendre service à leur communauté et à l'humanité. Il n'insiste pas sur les différences secondaires, contradictoires et ambivalentes, qui ont peu d'importance dans les projets universellement acceptés tels que l'éducation. Ainsi le message du Mouvement est-il porteur d'une formulation complexe de conceptions, de relations et de valeurs visant à une coexistence et une coopération pacifiques entre civilisations. Par conséquent, réduire le Mouvement à un seul de ses nombreux niveaux, regrouper tous ces éléments dans l'unité dont rendent compte les idéologues ou dans les seules dimensions de l'action collective qui sont visibles au premier regard, est soit une erreur soit une simplification.


Le Mouvement Hizmet a appris à se distinguer de son environnement sans s'en isoler ni entrer en conflit avec lui. Il ne se coupe pas de la société. C'est la dimension relationnelle de l'identité collective du Mouvement Hizmet qui aide à former l'unité de cet acteur collectif, et non une quelconque volonté de rester différent de la société environnante.

Le Mouvement en tant qu'acteur collectif peut reconnaître les effets de ses actions et de ses conceptions. Il s'attribue ces effets à lui-même et les échange avec les autres. En raison des effets de ses actes et de ses conceptions, le Mouvement peut établir des relations, des liens et des liaisons avec le grand public à travers les services. Cela favorise la solidarité qui lie les individus entre eux. Cette auto-identification et cette façon qu'a l'acteur de se différencier des autres aboutissent à un échange de reconnaissance sociale mutuelle avec les autres acteurs collectifs.


Le Mouvement Hizmet ne s'engage pas dans les politiques identitaires. Il ne cherche pas à être différent des autres gens ethniquement, religieusement, culturellement ou géographiquement. Le Mouvement considère comme dangereuse pour la société toute forme radicale de politique identitaire à cause de son intolérance, de son exclusivisme et de son fondamentalisme voué à l'échec.

Les participants au Mouvement acceptent et respectent les normes, règles et lois nationales et internationales. Ils partagent les soucis et les problèmes de tout un chacun à travers le monde, et apportent leur contribution à leur résolution. La vision du monde, les intentions et les efforts du Mouvement sont acceptés et approuvés par une grande majorité de personnes en Turquie et en dehors de la Turquie aussi, par ceux qui ont connaissance de ses efforts. Ainsi le Mouvement se révèle-t-il capable d'être un agent de réconciliation entre différentes communautés à travers le monde. Ces efforts sont mis en œuvre par des moyens légaux, formalisés et institutionnalisés.

Le Mouvement se définit en termes de ses relations sociales et multiculturelles. Son intention de rechercher le consensus entre communautés légitime ses projets internationaux, si bien qu'il ne s'égare pas, ni ne laisse les autres s'égarer dans le fondamentalisme et le sectarisme.


Il peut sembler paradoxal que le Mouvement Hizmet soit capable de conserver son identité malgré ses changements au fil du temps et l'établissement de relations, de formes d'organisation et d'institutions nouvelles, et ses adaptations à l'environnement. Alors que le Mouvement affirme tacitement sa différence par rapport au reste de la société, il exprime aussi son appartenance à la culture partagée de la société et son besoin d'être reconnu comme un acteur social dans la perspective du bien commun. Ce paradoxe apparent est en fait une condition nécessaire à une société pluriculturelle, diverse et pluraliste et suppose l'existence préalable d'une certaine égalité, un degré de réciprocité et une consolidation des pratiques et des institutions démocratiques.

Les acteurs du Mouvement ressentent un lien avec les autres, parce qu'ils partagent les mêmes intérêts. Cela permet aux personnes adhérant au Mouvement de donner du sens à ce qu'ils font et de s'affirmer comme sujets agissant, et cela les aide à éviter la rupture des relations sociales au cours des conflits.


Le Mouvement a démontré au fil des années sa capacité à conserver une définition stable et durable de lui-même. Il a en effet amélioré sa capacité à résoudre les problèmes que pose son environnement. Il est devenu de plus en plus autonome dans sa capacité à agir au sein du réseau de relations où il est placé.

Le processus du 28 février a également prouvé que le Mouvement est capable de produire des définitions et des conceptions nouvelles en intégrant à son identité stable des éléments et des résultats qui émergent de la situation en cours. Cela renforce en échange sa cohésion interne et place son terrain commun en dehors de lui. C'est pourquoi les méthodes et les moyens de mettre en œuvre les services peuvent changer ou se développer avec le temps sans que l'identité du Mouvement change selon le moment ou le lieu : elle reste immuable.

En outre, le fort soutien à Gülen et aux activités du Mouvement (en particulier durant la période de calomnies qui a suivi le coup d'État post-moderne) de la part d'un large éventail de politiciens, d'hommes d'État, d'organisations de la société civile et de journalistes corrobore l'idée que l'identité du Mouvement est intégrative plutôt que mise à l'écart.


Les participants ne réagissent pas directement à de telles accusations. Ils détournent au contraire leur attention de la rhétorique pour la porter sur les réalités visibles et les résultats concrets de l'action collective du Mouvement. Ils regardent l'éducation, les services utiles, bénéfiques et altruistes et la paix. Les acteurs du Mouvement tendent à se différencier de l'action politique. Leur niveau culturel les distingue des autres, en particulier des sectes et des chapelles.


L'identité collective du mouvement dépend de la façon dont sont maintenus ensemble de multiples choix, buts, relations, services et représentations. C'est le résultat de processus conscients et laborieux. Certaines dimensions de l'identité collective d'un mouvement social peuvent cependant être plus faibles ou plus fortes que d'autres, et certaines peuvent venir en deuxième ou en troisième priorité. Dans le cas du Mouvement Hizmet, certaines dimensions (comme le pouvoir politique ou les changements gouvernementaux) n'entrent même pas dans le classement.

L'identité du Mouvement Hizmet n'est pas façonnée par des éléments et des entités transcendantes, métaphysiques et méta-sociales, telles que les mythes, les saints légendaires, les ancêtres idéalisés ou la commémoration sacralisée d'un quelconque individu. Au contraire, bien que le Mouvement soit une initiative d'inspiration religieuse et que ses éléments fondateurs viennent de l'islam et de ses valeurs universelles, il s'associe progressivement de plus et plus avec l'action humaine, la culture, la communication et les relations sociales qui résultent des services qu'il procure.

À cause des réactions – critique ou élogieux – venant de l'extérieur du Mouvement, l'identité collective est le produit de l'action consciente, le résultat de la réflexion personnelle, plutôt qu'un catalogue de caractéristiques données ou « structurelles ». Le Mouvement réfléchit de plus en plus sur lui-même, et est devenu de plus en plus inclusif, intégrateur et universaliste en raison de sa construction identitaire consciente et collective au sein d'un environnement international de relations sociales qui s'élargit.


Son identité collective est construite à travers une combinaison d'échanges rationnels, de connexions et de liens affectifs, de reconnaissance mutuelle, d'évaluation intentionnelle et d'action ayant du sens. Les choix personnels, le point de vue, l'émotion, les attentes et les interactions des participants sont tous mesurés à l'aune du champ opératoire de l'acteur collectif et de la réalité. Cette évaluation vient des possibilités d'action et de leurs limites, qui aident l'acteur collectif à se définir, à définir son environnement et ses relations avec cet environnement.

Conserver l'identité du Mouvement est également un processus interactif collectif, car de nombreux individus ou réseaux jouent un rôle dans la définition du sens de leur action. Beaucoup participent au maintien de leurs relations courantes avec d'autres personnes et d'autres groupes, et à l'évaluation du champ des opportunités, des contraintes, des coûts et des bénéfices de toute action. Aussi la question de l'identité du Mouvement a-t-elle besoin d'être traitée aussi bien au niveau individuel que collectif, car les êtres humains créent leur identité à travers leurs relations, non seulement avec ce qui les sépare des autres, mais aussi grâce aux nombreux liens avec les gens et avec leur environnement.

En conséquence, les gens s'investissent socialement, culturellement, cognitivement et émotionnellement dans les réseaux de relations au sein du Mouvement. À travers eux, les personnes se sentent appartenir à une unité commune, une cohérence et une cohésion sociales. Parce qu'ils interagissent, échangent des idées et les transmettent aux autres grâce à leurs relations sociales, les gens peuvent justifier, discuter, définir et défendre leurs relations. C'est cette interaction et cette communication qui maintiennent l'identité et l'action collectives du Mouvement au fil du temps.

Quand un acteur collectif se révèle capable de contenir les assauts et la contre-mobilisation de manière cognitive et intellectuelle, tout en restant dans les limites du système, et sans être affecté par les changements environnementaux et conjoncturels, l'acteur ou l'identité acquiert une certaine stabilité et une certaine permanence. L'acteur collectif commence alors à être facilement reconnu par les amis, les adversaires et les tiers. La capacité à reconnaître et à être reconnu au fil du temps distingue le Mouvement des autres acteurs collectifs et met en lumière sa potentialité. Ce processus collectif et continu se manifeste dans les formes d'organisation, les règles et les procédures internes, et les relations de leadership professionnalisées, qui toutes répercutent et cristallisent l'identité du Mouvement.


Grâce à une guidance sage et souple, à la conscience des moyens appropriés et efficaces d'atteindre des objectifs particuliers et des buts généraux, et au souci attentif de la licéité et de la légalité à la fois des moyens et des fins, la pratique sociale et culturelle du Mouvement lui a permis de regrouper des personnes issues de toutes les catégories sociales et de la plupart des groupes d'âge, partout dans le monde. Le lien que le Mouvement Hizmet entretient avec le monde dans une interaction planétaire fait de lui une référence culturelle et un modèle de vie.


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