ALTRUISME

La philanthropie, l'altruisme et le volontarisme sont les dynamiques au cœur des institutions et des services fournis par le Mouvement.


Selon Gülen, la philanthropie peut prendre des formes nombreuses : donner du temps, de l'énergie, de l'argent ou des biens, voire un simple sourire, des soins ou des prières. Il y voit une alternative et une entrave aux intérêts égoïstes satisfaits aux dépens des autres, et un remède à la discorde sociale, au conflit et à la violence.


L'approche qu'a Gülen de l'altruisme est construite du point de vue des enseignements islamiques, du Coran et de la sunna. La source, l'origine, les conséquences et les implications de la praxis idéationnelle et sociale du Mouvement sont donc totalement différentes de celles des mouvements explorés jusqu'ici par la théorie des mouvements sociaux en Occident.


L'altruisme est une doctrine éthique qui soutient l'idée que les individus ont l'obligation morale d'aider, de servir et d'être bénéfique aux autres, si nécessaire au prix de leur intérêt personnel. Il existe des points de vue très différents sur l'altruisme. La plupart des religions du monde affirment que c'est une valeur religieuse ou morale et plaident pour un comportement altruiste associé à l'autodiscipline et à la restriction de ses propres intérêts et désirs. Cependant les psychologues, sociologues, biologistes et éthologues ont des points de vue variés sur l'altruisme, beaucoup le voyant comme une forme d'intérêt personnel à long terme, ou comme quelque chose d'illusoire.

Dans la perspective islamique, l'altruisme n'empêche pas l'individu de rechercher le développement personnel, l'excellence et la créativité, et il n'est pas une construction idéologique du faible pour le faible ou par le faible pour vivre aux crochets du fort. Il n'est pas comme la théorie des jeux, qui discute des stratégies disponibles pour chaque joueur dans une situation donnée et calcule le résultat moyen, ou espéré, de chaque « mouvement » ou séquence de « mouvements ». L'altruisme n'est pas non plus, dans la tradition islamique, une forme de « conséquentialisme », cette idée qu'une action est éthiquement correcte si elle produit des conséquences bonnes. Ce que l'islam enseigne est totalement différent des propos prétendus par certains voyant l'altruisme comme une variante des mécanismes individuels et de l'espèce pour survivre ou pour une projection de soi.


Oui. Ces principes de travail sont les suivants :

(1) une action constamment positive qui ne laisse aucune place à la confusion, à la querelle et à l'anarchie,

(2) l'absence d'attentes mondaines, matérielles ou dans l'au-delà en échange du service rendu,

(3) des actions décorées de vertus humaines qui bâtissent l'assurance et la confiance,

(4) des actions qui rapprochent les individus et les sociétés,

(5) une patience et une compassion nourrissantes en toute situation,

(6) être positif et orienté vers l'action, plutôt que dans l'opposition ou la réaction,

(7) prendre des décisions collectivement et après consultation,

(8) coopération/collaboration de gens de la société civile, dans les mêmes dispositions d'esprit, dans le cadre de projets de civilisation.

Selon Gülen, on peut dire que les services bénévoles offerts dans cet esprit recherchent seulement l'approbation de Dieu. Il encourage aussi tous les gens qui sont en harmonie avec ses idées à servir leur communauté et l'humanité, conformément à cette attitude pacifique, non conflictuelle, non antagonique et apolitique.


Gülen a toujours considéré que l'éducation était au cœur de la modernisation, du progrès et du bien-être sociaux, économiques et politiques. C'est seulement s'ils reçoivent une éducation solide que les individus et la société peuvent respecter la suprématie de la loi et l'État de droit, les droits démocratiques et humains, et la diversité des cultures. C'est grâce à une éducation universelle appropriée que peuvent se développer la justice sociale, une compréhension et une tolérance suffisantes pour garantir le respect des droits d'autrui. L'éducation est donc le remède suprême aux maladies qui affectent la société et l'humanité en général.

Comme un très grand nombre de gens ne peuvent se permettre une telle éducation, ils ont besoin du soutien de fondations charitables. Pour que ces fondations fonctionnent bien, elles ont besoin des ressources humaines adéquates, c'est-à-dire de bénévoles enthousiastes qui entrent dans le domaine du service et y restent. Il ne s'agit pas pour les bénévoles de faire un geste (même s'il a de la valeur) mais de prendre un engagement enraciné dans une intention sincère. Leur motivation ne doit pas être liée à des préférences raciales ou tribales, mais leur effort doit être à la fois patient et persévérant, et toujours licite. On peut atteindre l'équité, la justice sociale et la paix au sein de sa propre société, et dans le monde en général, grâce à des gens éclairés à la moralité saine, et à travers un militantisme altruiste.


Gülen invite les gens à vivre et agir non pour leur propre présent mais pour l'avenir des générations futures. Il montre que, si les gens d'aujourd'hui ne font pas les efforts nécessaires pour les générations futures, les générations présentes et futures le paieront cher et ne connaîtront ni le confort ni le bien-être. En donnant des exemples de personnages et d'événements du passé, de l'histoire turque et non turque, musulmane et non musulmane, il a réussi à éveiller un sens d'obligation et de devoir moral, un sens de souci altruiste et généreux des autres. Il a employé l'analogie de la bougie, qui se consume tout en éclairant son environnement.

Si les gens ne sont pas financièrement à même de contribuer, il leur demande de donner de leur temps, de leurs pensées, de leur énergie et du soutien moral aux services collectifs. Parmi les exemples qu'il a donné, on trouve les prophètes et le Messager de l'islam, leurs compagnons et disciples, des saints et érudits appartenant à des communautés entières, des scientifiques et des chefs de communauté. Il est courant de rencontrer, dans ses écrits et enseignements, des noms comme ceux de Newton, Pascal, Sir James Jeans, Kant, Gandhi, Iqbal et Roumi.

Gülen présente aussi le monde comme un marché au bénéfice de l'humanité et comme un moyen pour obtenir l'agrément de Dieu, et incite les individus à rivaliser dans la réalisation de services vertueux et bénéfiques sans motivations ultérieures. Il les encourage à combiner leurs efforts, leurs ressources et leurs énergies dans le domaine de l'éducation pour constituer des fondations charitables dans lesquelles personne ne profite des fonds reçus par les institutions sinon les étudiants eux-mêmes. Citant une parole attribuée à Ali, le quatrième calife de l'islam, Gülen pense que « tous les êtres humains sont frères et sœurs. Les musulmans sont frères et sœurs en religion, alors que les non musulmans sont frères et sœurs en humanité. […] Les êtres humains sont les créatures les plus honorables. Ceux qui veulent gagner en dignité doivent se mettre au service de cette créature honorable. »


L'action bénévole dans le Mouvement se justifie, pour ceux qui y participent, par la conviction qu'agir au bénéfice d'autrui est bien et juste, et qu'on a le devoir moral de traiter autrui équitablement. Cette caractéristique morale et philanthropique est d'inspiration religieuse : « servir les êtres humains, servir Dieu » , ou « le meilleur d'entre vous est celui qui est le plus bénéfique pour les êtres humains » . Être charitable est un mode de vie, une façon de purifier ses intentions, sa richesse et sa vie.

En outre, les musulmans turcs sont indubitablement inspirés par leur religion, ils donnent la sadaqa (aumône) et la zakat (aumône purificatrice annuelle prescrite), et fondent des vakifs (fondations). Conformément à leur religion, il est du devoir des nantis d'aider autrui et de soutenir les faibles, les malheureux, les défavorisés, les voyageurs, les orphelins, les veuves et les étudiants. La personne riche doit se préoccuper des pauvres car elle en est responsable devant Dieu.

Gülen enseigne que le chemin pour obtenir la vie éternelle et l'approbation de Celui qui donne la vie passe inévitablement par la dimension de servitude devant Dieu au moyen du service, et les objets des efforts d'une personne sont d'abord sa propre famille, ses proches parents et ses voisins, ensuite son pays et sa nation, et enfin l'humanité et la création : « Recevoir ce service est notre droit, le transmettre à autrui est notre responsabilité. »

Comme le Mouvement est international et coopère avec des gens appartenant à des cultures et religions différentes, il se peut que les participants aient des motivations différentes pour leur altruisme. En effet, en dehors d'être un devoir religieux, l'altruisme est un acte de générosité, une caractéristique innée qui tient au fait d'être un être humain.

L'altruisme est, en général, présenté comme une qualité qui revêt les caractéristiques suivantes : a) il consiste à procurer un avantage à autrui, b) il doit être exprimé intentionnellement, c) le bénéfice qu'il procure à autrui est son but même et d) il doit être manifesté sans contrepartie. En ce qui concerne le Mouvement Hizmet, le service altruiste l'emporte sur les autres dimensions et donne au Mouvement une particularité spécifique.


La présence d'actions altruistes dans le domaine public peut dévoiler l'existence de dilemmes cachés, profondément incrustés dans les structures et le fonctionnement des sociétés complexes. L'altruisme implique de faire passer l'intérêt des autres avant ses propres intérêts, et démontre qu'il n'est pas inévitable que les gens soient mus par un intérêt personnel manifeste et immédiat, ou même à long terme et mal défini. Ce fait indique la persistance, dans les sociétés complexes, de besoins et d'attentes des êtres humains qui ne peuvent se réduire aux habitudes et aux politiques bureaucratiques.

L'action altruiste nous invite à rechercher le changement et à assumer une responsabilité. Elle procure aux gens une voix dans la société et un moyen de mettre les problèmes en lumière. Elle permet aux individus et au public de créer un espace pour la différence et pour renforcer la solidarité en vue de la paix et de la cohésion sociales.


L'action altruiste exige une quelconque forme d'organisation pour être appliquée efficacement, mais cette organisation n'a pas besoin d'une structure institutionnalisée et formelle, ni d'une hiérarchie. Ses fins peuvent être atteintes plus efficacement par des réseaux informels, diffus, décentralisés et perméables d'amis, d'associés en affaires ou de gens partageant des sentiments philanthropiques, rassemblés autour d'un même projet, comme c'est le cas avec le Mouvement Hizmet. C'est pourquoi tant de projets, de services, d'institutions et d'initiatives du Mouvement ont fini par être soutenus par un tel nombre de personnes, de sociétés et d'organisations.


Gülen ne possède rien et n'a aucune ambition de s'enrichir matériellement. Sa sincérité, son style de vie ascétique et l'exemple de son altruisme qu'il donne ont réussi à motiver des milliers d'enseignants, ainsi que des parents et des investisseurs. Homme d'une érudition et d'une sagesse profondes, écrivain et orateur extrêmement doué, Gülen aurait très bien pu avoir une carrière satisfaisante de leader de la communauté et d'auteur. Il a pourtant consacré ses efforts à motiver les gens pour qu'ils investissent dans une éducation saine, et il en a donné l'exemple. Il est toujours resté à distance de la gestion financière des institutions, encourageant leurs soutiens financiers à superviser diligemment l'emploi de leurs contributions. Cela a construit une immense confiance, non seulement en l'honnêteté et l'intégrité de Gülen, mais aussi en celles des gens qui travaillent dans les institutions inspirées par Gülen.

En outre, les étudiants qu'il a formés et ses proches parents ont suivi son exemple. Outre qu'il n'a jamais accumulé aucune fortune personnelle, on raconte que Gülen a prié pour que ses proches parents restent pauvres afin de ne pas alimenter de soupçons d'avoir tiré profit de son influence.


L'absence de bénéfice direct ou de rétribution économique directe ne signifie pas que les gens qui travaillent bénévolement ne reçoivent aucune rémunération dans le cadre d'une relation de travail. Par contre, cela veut dire que les intérêts économiques ne sont pas à la base de la relation de travail entre les gens concernés. Le bénéfice financier n'est ni la cause ni l'effet de la relation entre l'acteur bénévole et les destinataires de l'action accomplie. L'action bénévole vise spécifiquement à produire des bénéfices ou des avantages pour autre que les bénévoles ou les salariés. Sa nature de gratuité réside dans la joie ou le bénéfice en voyant ses résultats pour les destinataires. C'est pourquoi le Mouvement est en général connu sous le nom de Hizmet, qui signifie « service aux autres ».


Non. Au-delà des intérêts immédiats de l'acteur ou des travailleurs, d'autres « récompenses » (avantages symboliques, prestige, estime de soi, autorité) sont présentes dans l'action altruiste, comme elles le sont dans d'autres formes d'échange social. L'action altruiste peut aussi produire des bénéfices économiques indirects dans la mesure où le participant acquiert des compétences utiles (par exemple des compétences professionnelles dans un certain domaine), établit des réseaux d'influence (contacts professionnellement avantageux) ou développe des qualités de leadership. En outre, il est dans la nature de tels services et de leurs objectifs que les individus puissent y poursuivre une multiplicité d'objectifs secondaires ou tertiaires. Ces cas ne sont pourtant pas très fréquents et n'invalide pas les services altruistes entrepris ni les objectifs collectifs partagés par tous ceux qui s'impliquent pour réaliser le bien commun. Après tout, le contentement intérieur ou l'honorabilité qui s'attachent aux individus quand de tels services sont rendus ne sont pas ce qu'ils visent par leur travail, mais sont simplement une grâce inattendue qui peut (ou peut ne pas) découler d'une telle activité altruiste.


Les projets de service et les institutions ont une identité propre, et leur gestion est entre les mains de personnes réelles. Cependant, comme ces personnes ont été nommées aux fonctions de directeur par contrat, elles ne sont pas autorisées à utiliser les institutions à leur propre profit. Ceux qui deviennent incapables de travailler activement dans le Mouvement passent la main à de nouveaux venus ou à la génération suivante, qui porteront le flambeau des services altruistes du Mouvement. On peut décrire l'activisme comme une course de relais où la génération actuelle court et passe le témoin au groupe suivant, qui le portera plus loin et plus haut. De cette façon, la conscience et l'éthique de responsabilité développent la mobilité de chaque individu vers le haut.


Les acteurs du Mouvement ont depuis longtemps été engagés dans des services non formalisés, philanthropiques et altruistes. Cela a abouti à un entraînement culturel extensif dans des compétences nouvelles (la plupart du temps professionnelles) et dans l'intellectualisation. Le Mouvement Hizmet est également fortement engagé dans les services professionnels, y compris des processus de recyclage visant à mieux employer les acteurs dans le marché, les projets et les institutions.

Cette mobilité sociale est importante pour plusieurs raisons. La plus pertinente de ces raisons pour le Mouvement est que plus la société est mobile, plus elle est équitable et ouverte. Cette mobilité a un impact positif sur la façon dont les réseaux, les projets et les institutions se forment, sur leur taille et leur forme, et sur le professionnalisme qu'ils abritent. Des membres bien formés et qualifiés accomplissant un travail d'expert contribuent par la même occasion à promouvoir l'image du Mouvement dans le cadre d'un champ social plus large.


Outre ses aspects inspirés par la religion et humanitaires, l'aspect civique est une caractéristique importante de l'action altruiste. Ce type d'action procure beaucoup plus d'opportunités de participer que les activités politiques. L'action altruiste exprime l'adhésion à une communauté civique beaucoup plus large qu'un parti politique. Elle offre aux gens un but, un sentiment d'appartenance, une responsabilité, un engagement, une implication, avec des incitations et une satisfaction intérieure née du fait qu'on essaie d'être bénéfique pour autrui.

De plus, comme les gens doivent parvenir à un consensus sur les détails de tout projet social, culturel ou éducatif, l'action altruiste remplit une fonction de démocratisation spécifique. Les gens apprennent à négocier et persuader, à présenter des arguments convaincants, à être conciliants et flexibles à propos des différences, à négocier, produire et accepter le consensus. Ces talents permettent aux gens de bien vivre dans les sociétés démocratiques.


La conception que Gülen se fait du devoir, du service à l'humanité en particulier dans le domaine éducatif, n'autorise aucun profit matériel ou politique. La sincérité et la pureté d'intention ne doivent jamais être blessées ni souillées. La philosophie de l'éducation qui est celle de Gülen n'est une activité ni utilitariste, ni sociale ni politique, qu'on pourrait dissocier du reste de sa philosophie ou de sa foi, mais un élément fermement intégré et parfaitement développé de sa vision du monde. Gülen dit que les moyens doivent avoir autant de valeur que les fins, et que les réussites apparentes et matérielles ne sont pas le seul critère de mesure. Le but du Mouvement est de garantir le respect de valeurs humaines objectives et universelles, de ne jamais avoir de motivations inavouées de satisfaire des intérêts matériels, de n'imposer aucune idéologie et de ne chercher à s'emparer du pouvoir par la politique dans aucun pays.

Depuis plus de quarante ans, Gülen a incité ses auditeurs à installer le juste équilibre de justice sociale entre l'individu et la communauté, à développer et à faire progresser en chaque individu et dans le pays dans son ensemble les sentiments d'amour, de respect, d'altruisme, d'effort pour le bien des autres, et à sacrifier son propre profit, matériel et immatériel, et ses aspirations pour le bien des autres. Jamais on n'a constaté de tentative du Mouvement d'obtenir une quelconque forme de pouvoir politique, ou de réaliser des objectifs matériels, dans aucune des régions où travaillent des salariés ou des bénévoles.


La conception que le Mouvement se fait du service est d'abord liée à l'altruisme, en Turquie comme ailleurs. C'est une mobilisation qui propose des modèles autres, d'un type que les systèmes étatiques ne peuvent reproduire. C'est pourquoi il a fait l'objet d'une attention générale, favorable ou hostile, en peu de temps. Le principe d'altruisme du Mouvement, consistant à offrir « quelque chose en échange de rien », est un défi symbolique aux codes culturels dominants et au fondement habituel (le soi-disant intérêt personnel « rationnel ») de la logique stratégique et instrumentale dans les sociétés complexes.

Le pouvoir unilatéral de donner (en échange de rien, parfois en s'opposant à l'intérêt personnel immédiat) et de générer et procurer de cette façon des modèles culturels, a pour résultat constant une prééminence du mouvement dans les sociétés. La raison en est que les calculs de coûts/bénéfices ne motivent pas et ne régulent pas la production autonome et gratuite (« pour rien ») de modèles culturels. Cela signifie qu'il est difficile d'éviter ou d'empêcher la capacité des gens à produire des manières nouvelles et meilleures de faire les choses.


Pour ceux qui ont exploité et usurpé la richesse et les ressources de la Turquie pendant des années, l'altruisme de ceux qui ont été élevés au sein du Mouvement est un défi à leur façon de penser. Ils découvrent que leur logique est mise à mal, car ils voient que pendant qu'ils cherchaient à siphonner illégalement l'argent et les ressources de l'État et des gens, d'autres ont commencé à construire des modes de comportement différents et à générer des conceptions autres. Cela lance un défi symbolique à la rationalité plus courante du calcul, aux procédures bureaucratiques établies et aux relations de type moyen-fin. Le défi naît de la nature de don en échange de rien, de « l'offre », et de l'authenticité de l'engagement personnel. Ces deux caractéristiques démontrent que partager avec les autres ne se réduit pas à une logique instrumentale. Par essence, le Mouvement rappelle à chacun les limitations du pouvoir sur les gens et sur les événements. Il met en cause le contrôle que le système exerce sur nous et nous invite à assumer une responsabilité plus grande pour nos choix et nos actes. Ce faisant, il devient un élément vital du renouveau de la société civile et du renforcement de la cohésion sociale. C'est précisément à cause de cela qu'on assiste à une contre-mobilisation menée par les intérêts particuliers.

Le Mouvement a été capable de traverser la crise du « processus du 28 février » sans avoir recours à la négativité, à une contre-opération ou à des moyens conflictuels ou coercitifs. L'opposition de certains groupes d'intérêts idéologiques au sein de la classe dirigeante de Turquie s'est focalisée contre tout acteur collectif perçu comme dangereux pour leurs modèles et leurs intérêts particuliers. Il y a cependant des raisons particulières pour lesquelles ces groupes d'intérêts ont fait du Mouvement Hizmet la cible privilégiée de leurs efforts de contre-mobilisation.


Les formes bénévoles d'action émergent comme des réponses alternatives aux défauts, aux déficiences ou aux crises du système gouvernemental ou de sécurité sociale d'une société. Que ce soit dans des crises causées par l'homme ou dans des désastres naturels, les gens sont livrés à eux-mêmes, par défaut d'orientation ou par absence de prestations ou de services sociaux.

Les gens agissent pour procurer des biens et des services appropriés quand un système se révèle incapable de vaincre les insuffisances structurelles au moyen des institutions gouvernementales. De telles circonstances, de telles opportunités, créent le sentiment que les individus sont condamnés, par le devoir et la morale, à travailler ensemble en vue du bien commun et de buts communs. Les formes d'action se concentrent alors en particulier sur les problèmes et les domaines relatifs à la santé, au travail, à la religion et à l'éducation. Toutes ces circonstances se sont présentées en Turquie au 20e siècle, et le Mouvement Hizmet, qui était déjà en place et prêt à assumer des responsabilités, a émergé pour satisfaire de nombreux besoins de la société.


La première caractéristique est que l'action est bénévole et accomplie sans contrepartie directe ni rémunération. En deuxième lieu, chaque individu rejoint librement et volontairement une forme de solidarité collective et entre dans un réseau de relations par une décision personnelle. Le choix est également marqué par un souci du bien-être d'autrui. L'action altruiste se caractérise par la gratuité du don – la valeur inestimable des ressources ou du temps ou de tout ce qu'on peut donner sans rien attendre en retour. Cette gratuité relie les acteurs en jeu. Elle évoque la solidarité, la chaleur, l'affection, l'estime mutuelle, etc. entre acteurs et participants, englobant aussi bien ceux qui donnent que ceux qui reçoivent les services.


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