LA NATURE DU MOUVEMENT HIZMET

C'est un titre honorifique qui signifie « professeur estimé ». C'est une expression de respect qu'on emploie généralement pour les érudits, les savants estimés autres que Gülen. Ce titre n'est pas réservé à Gülen, et n'a aucune connotation ni association occultes ou sectaires.


Non. Dans le Mouvement, les activités sont gérées par un groupe. Il se fonde sur l'influence sociale et tourne autour d'une tâche commune. Gülen lui-même n'a jamais assumé, accepté ni approuvé aucune des caractéristiques typiques des styles de leadership charismatique. Il n'y a jamais eu de révélation ni de moments charismatiques, de retour à l'innocence, de phénomène de « born again », de renaissance ou de vie nouvelle sublime, ou d'adulation à propos de sa réputation. Ni lui ni personne dans le Mouvement n'a jamais proclamé l'existence de pouvoirs surhumains de perception et de capacité à voir « la vérité ». La relation entre Fethullah Gülen et le Mouvement ne se fonde pas sur un amour intense pour la personne de Gülen, ni sur ses attributs et ses caractéristiques, mais sur la conception collective, l'intérêt et l'essence de la compréhension, le message, la pensée et l'action du Mouvement. Cela ne contredit pas l'immense contribution de Gülen à la pensée et à l'action du Mouvement.


Gülen lui-même n'approuve pas et n'emploie pas les termes « Mouvement Gülen » et « communauté Gülen ». Il préfère qu'on appelle l'action le « service des volontaires », parce que cela ne connote aucune altérité controversée, aucun séparatisme politique ni aucun aspect conflictuel. Il répète que le Mouvement n'entraîne, et ne doit entraîner, aucun conflit, et que le service des bénévoles doit être fourni dans un certain cadre de principes.


Non. Dans le Mouvement, l'administration est décentralisée. Le degré d'autonomie des différents éléments est grand, et des chevauchements d'influence peuvent se produire. Cependant, si le Mouvement dans son ensemble est décentralisé, ses SMO ont une organisation managériale avec des positions d'autorité dans leurs départements.


Gülen a maintes fois exprimé sa répugnance à diriger, et même sa détestation de tout leadership et de toute allusion au leadership, qu'il soit ordinaire, religieux ou politique.


Gülen prétend que « l'administration d'une personne unique n'est plus viable ». Il dit : « Comme tout est devenu si détaillé, particularisé, spécifié et quantifié, les tâches prennent aujourd'hui des formes telles que même des individus exceptionnels et remarquables ne peuvent les accomplir seuls. C'est pourquoi la place du génie a aujourd'hui été prise par la conscience collective, avec une prise de décision consultative et collective. »

En ce qui concerne spécifiquement l'administration dans le Mouvement Hizmet, Gülen dit : « Derrière les institutions se trouvent beaucoup de gens et d'entreprises de presque tous les milieux, indépendamment de leur vision du monde, de leurs convictions et de leur style de vie … Ce que j'ai fait, c'est seulement encourager les gens. » L'hypothèse que presqu'un millier d'institutions et des millions de bénévoles et de participants du Mouvement à travers le monde soient dirigés par Gülen ou par une quelconque autre personne seule ou par un groupe particulier de gens est absolument insoutenable.


Les participants au Mouvement tendent à apprécier Gülen pour sa connaissance, son érudition, sa sincérité, son intégrité, son engagement pour les services altruistes, son profond souci et sa compassion pour autrui. Il ne faut pas ignorer que toutes ces qualités viennent de son éducation et de sa formation islamiques. Cependant, les participants ne se livrent à aucune forme de célébration sacrée de Gülen ou de quiconque dans le Mouvement.


Le meilleur terme décrivant Gülen est le terme de « leader serviteur ». Les qualités qui caractérisent le leader serviteur sont les suivantes :

• Avoir la conscience de soi ou de sa responsabilité personnelle,

• s'engager avant tout à satisfaire les besoins des autres,

• consacrer sa vie à résoudre des problèmes sociaux,

• être un activiste passionné,

• être toujours honnête, véridique, digne de confiance et juste,

• avoir des compétences pour négocier, des talents pour communiquer et écouter avec empathie,

• chercher à convaincre les autres plutôt que de les contraindre à obéir,

• être efficace pour bâtir un consensus au sein d'un groupe,

• promouvoir un dialogue sincère entre cultures, religions et civilisations.

• avoir une profonde compréhension des sciences islamiques et de la pensée contemporaine moderne,

• être capable de comprendre les leçons du passé sans ignorer les réalités du présent,

• être capable d'évaluer le passé, le présent et l'avenir pour parvenir à une synthèse nouvelle,

• déployer sa pensée pour y intégrer une pensée conceptuelle plus large,

• chercher un équilibre subtil entre pensée conceptuelle et approche opérationnelle au jour le jour,

• être centré sur son but et orienté vers un projet,

• faire de son mieux pour encourager la croissance spirituelle, personnelle et professionnelle des gens au sein de sa communauté,

• construire une communauté fondée sur les principes du leader serviteur.


C'est l'influence intellectuelle et morale de Gülen, et non une intervention personnelle directe, qui est ressentie au sein du Mouvement. Il inspire le Mouvement. Il ne l'organise pas.


Les « cliques » dominantes et intéressées sont en général produites par des organisations aux formes rigides d'autoritarisme et de direction charismatique. Au sein du Mouvement Hizmet, cependant, il n'existe pas de tendances organisationnelles qui auraient comme but prioritaire le maintien de l'organisation, au-dessus de tout autre but possible. Ainsi, un mouvement contemporain altruiste et culturel comme le Mouvement Hizmet, qui exprime des relations individuelles et interpersonnelles et des tendances pluralistes et démocratiques, ne peut produire de tels groupes. On n'y a jusqu'à ce jour constaté aucun déplacement de but.


Le déplacement de but se produit quand l'élite ou les leaders en viennent à donner plus de valeur au leadership et à son statut et aux récompenses associées, qu'à l'engagement en faveur des buts de l'organisation. Ils ont tendance à privilégier leur intérêt personnel et à faire usage de leurs connaissances et de leurs savoir-faire pour peser sur les processus de prise de décision au sein de l'organisation. La conséquence en est que les membres ordinaires de l'organisation peuvent effectivement être exclus de ces processus.


L'administration a pour objectif de négocier, assurer une médiation et faciliter la coopération entre individus et plus largement avec la société, et non d'obtenir la loyauté des membres ni de développer de la propagande.

L'administration et les structures au sein du Mouvement sont d'abord orientés vers l'action et les projets de service, et les SMO ont donc un ordre organisationnel ou managérial (et non hiérarchique). Il y a un recouvrement considérable des rôles et des fonctions dans le Mouvement, parce que les participants peuvent appartenir à plusieurs réseaux ou travailler sur plusieurs projets.

Les normes de la participation incluent une définition de la relation du Mouvement avec la société, et en particulier une définition de la relation entre le Mouvement et les gens qui participent à ses réseaux de service. L'ordre organisationnel signifie que les leaders de réseaux doivent travailler dans le cadre de ces normes.


Dans les services bénévoles et les réseaux de projet, un grand nombre de participants se rassemble en un lieu unique ou des lieux différents et entreprend collectivement une démarche d'échange et de consensus sur de nouveaux projets. Toutes les actions et réflexions différentes sont explicitement discutées, et toute décision est prise par l'ensemble de tous les participants. Les décisions collectives sont prises soit par consensus soit par un vote.

On peut donc considérer que les formes d'organisation sont un choix stratégique fait par le réseau de service sur la base des principes et des buts du Mouvement. Dans la pensée et dans l'action du Mouvement, la forme et les choix d'organisation ne relèvent pas des leaders, mais du pouvoir social collectif.

Le principe général qui s'applique à la prise de décision dans le Mouvement est très différent du processus qu'on trouve dans une organisation de type cadre. Les organisations de type cadre sont plus fragiles et temporaires, très prenantes, de petite taille et moins démocratiques qu'une organisation aux membres très nombreux telle que le Mouvement Hizmet.


Les efforts des sympathisants ne sont pas coordonnés au niveau national. L'autonomie est une caractéristique importante qui définit les réseaux de service et en général les SMO. Cette autonomie est obtenue par la délégation, la création d'un corps spécialisé de représentants, et de conseils bureaucratiques et non bureaucratiques fondés sur l'égalité. Pour un large éventail de questions relatives aux projets de service, la prise de décision ne se prend pas au sommet, se limitant à quelques individus. Il existe une rotation continuelle des gestionnaires de réseau et de projet. Les représentants au sein des réseaux peuvent être, et sont, appelés à rendre des comptes à tout moment. Le droit de décider appartient à tous ceux qui assistent aux réunions de réseau. La libre participation et l'apport très motivé, liés à l'ouverture et à la réactivité à l'expertise technique et professionnelle, évitent le risque de voir se constituer des oligarchies et d'apparaître des leaders charismatiques. Ces caractéristiques soutiennent et régulent le pouvoir et l'autorité au sein du Mouvement. Elles exigent un processus de prise de décision autonome et conscient, et une forme de participation qui révèle une forte confiance en la démocratie, et qui constitue un levier de transformation positive.


Quand des demandes diverses apparaissent, elles entrent dans le processus local de prise de décision, lequel est ouvert à la participation et au contrôle des différents éléments du réseau, localement et régionalement. Une participation continue, active, démocratique et durable est encouragée, ce qui évite de faire financer par une base vaste et inactive un petit nombre de leaders dirigeants ou actifs, un cadre primaire ou une organisation principale. Le processus démocratique de prise de décision empêche tout leader ou toute organisation de revendiquer ou de prendre le contrôle d'une partie injustifiée ou inéquitable des ressources disponibles au sein du réseau. Ce principe de justice ou d'équité au sein des projets de service et des réseaux n'empêche pas les individus d'avoir des niveaux d'engagement, de spécialisation, de formalisation et de professionnalisation différents.

Si nous prenons comme exemple les institutions éducatives, elles sont en général dirigées par une association régie par la loi. Les membres de l'association choisissent un conseil d'administration et un président, tous désignés pour une période déterminée. Le conseil se réunit régulièrement et doit approuver toutes les décisions majeures concernant le recrutement des enseignants, le cursus éducatif, et la politique à suivre. Les associations de chaque ville sont responsables de l'organisation et du financement de leurs propres écoles, centres et autres SMO. Il n'existe pas de bureau central d'enregistrement des institutions ou des SMO inspirées par Gülen.

La relation entre Gülen et les institutions et SMO est une relation d'inspiration et non d'administration directe, car le Mouvement est décentralisé. Le consensus est aussi important que l'inspiration pour les participants. De nombreuses personnes participent aux centres et aux écoles simplement parce qu'ils croient en ce que font les centres, et pas nécessairement parce qu'ils sont inspirées par Gülen. Certains ont une connaissance réduite ou nulle de Gülen et de ses enseignements.


Le comité ou le conseil d'administration de toute institution ou SMO contrôle le transfert et la redistribution des rôles, des ressources et du pouvoir à travers un processus de réflexion collective. Les normes au sein des réseaux de service garantissent l'intégration. Elles fournissent le point de référence central pour tout processus d'action et de transformation. Tous ceux qui participent au réseau de service peuvent intervenir dans la prise de décision concernant le contrôle des ressources.

Outre cette participation démocratique, il est couramment admis dans le Mouvement que l'islam dissuade les musulmans de rechercher activement des positions d'autorité. Faire campagne pour une position d'autorité peut impliquer qu'on est entiché de cette position pour sa propre promotion ou pour toute autre raison intéressée. Le hadith prophétique suivant est cité par les participants : « Ne recherchez pas de position d'autorité, car si cette position vous est accordée, vous serez livrés à vous-mêmes (sans l'aide de Dieu pour assumer les responsabilités qu'elle implique). Si elle vous échoit sans que vous l'ayez demandée, vous serez aidés (par Dieu pour remplir vos devoirs). » Ainsi, au sein du Mouvement, l'autorité et le pouvoir ne sont pas considérés comme des choses à conquérir, mais ils sont souvent confiés à qui ne les demande pas et n'élabore pas de stratégies pour les obtenir.


Dans les projets de service, on trouve des individus compétents dans des tâches d'organisation plus triviales, et des gens plus compétents pour analyser et exprimer les besoins et les intentions. Les participants aux projets de service s'organisent de façon flexible. Ils organisent et redéfinissent leurs tâches et leurs structures internes en accord avec le grand public. Ils prennent aussi en compte les suggestions venant de Gülen, s'ils les cherchent, et ses interprétations des événements actuels dans les médias, si elles sont pertinentes. Les participants savent parfaitement qu'il existe plusieurs sources d'opinion et d'autorité à leur disposition. Cependant, cette façon de travailler ne détruit pas et ne néglige pas la valeur et le respect qu'ils accordent aux points de vue et aux perspectives de Gülen.


Comme les personnes qui apportent leur contribution au Mouvement évitent en général de chercher des positions de pouvoir, et comme les participants évitent consciemment de donner du pouvoir aux gens qui le recherchent, ces formes de conflit sont peu vraisemblables. Si un individu, ou un groupe, essayait de provoquer un tel conflit, il ne trouverait certainement aucun soutien dans le Mouvement et aurait peu d'impact, car il serait manifestement en contradiction avec les normes en vigueur dans le Mouvement.

Quand des chercheurs qui ne connaissent pas vraiment le Mouvement spéculent sur les conflits potentiels de pouvoir, de distribution des ressources et de succession, ils négligent de prendre en considération la compréhension que les militants ont des opportunités qui s'offrent à eux. Ce que de tels chercheurs présentent comme étant la réalité a été construit mutuellement et socialement, et partagé entre l'acteur collectif et le chercheur, et n'a donc aucune réalité objective.

Plutôt que de spéculer sur l'allocation future des ressources et du pouvoir, il serait utile d'étudier les ressources invisibles qui sont derrière l'efficacité du Mouvement ; Celles concernant le consensus, l'absence de concurrence pour le pouvoir et le leadership, les formes diverses de coopération et d'échange, l'interaction réciproque, le sacrifice, le dévouement, l'altruisme et le fait de travailler pour l'agrément de Dieu et de l'espérer. Ce sont ces variables, et non le management d'un individu ou d'un groupe, qui permettent au Mouvement d'atteindre ses objectifs.


Non. Un mouvement politique fait pression pour obtenir une distribution différente des rôles, des récompenses et des ressources dans la société, et s'oppose par conséquent au pouvoir, qui impose des règles au sein de l'organisation structurelle de l'État. Un mouvement non politique recherche un fonctionnement plus efficace du système ou de l'appareil de la société ou, pour que le système donne de meilleurs résultats. Il ne franchit pas les limites établies du système, et ses lois, règlementations et normes, écrits ou non. Le Mouvement correspond à la définition d'un mouvement non politique. Aussi, bien qu'étant une action ou une mobilisation collective, on ne peut pas dire qu'il soit un mouvement politique.


On emploie en général le terme de mobilisation pour parler de l'action d'un groupe ou du groupe lui-même, qui oriente et organise ses ressources en vue d'un but particulier. Cette organisation inclut le déplacement d'individus, d'équipements, de fournitures et d'accessoires vers les sites du projet, ainsi que la mise en place de bureaux, d'immeubles et des autres équipements nécessaires pour travailler sur ces projets.

Dans le présent livre, quand nous parlons de mobilisation à propos du Mouvement Hizmet, nous faisons allusion aux efforts des participants pour orienter les ressources vers l'atteinte de buts, sous la forme de projets de service. Le Mouvement Hizmet est une mobilisation sociale et culturelle collective.


Les mobilisations liées à des stratégies politiques tentent d'abord de modifier les réalités extérieures, et se donnent souvent des objectifs matériels. Elles essaient de modifier des relations politiques ou économiques particulières, ou bien les orientations et les résultats d'une politique particulière.

Les mobilisations dont l'orientation est culturelle, comme le Mouvement Hizmet, tendent à considérer la transformation intérieure comme un moyen (et un but) du changement dans les systèmes de valeur. Elles visent à préserver et revivifier une culture, et elles se focalisent donc beaucoup plus sur les idées, les convictions, les valeurs, les normes et les identités.


Les acteurs politiques sont classés dans la catégorie des groupes d'intérêts et définis en relation avec le gouvernement et les autres entités du système politique dont la motivation et l'orientation sont politiques, alors que la pertinence et les intérêts des mouvements sociaux s'étendent, bien au-delà de ces domaines, à des sphères institutionnelles et à des autorités autres. Les acteurs politiques s'engagent dans l'action pour réformer, inclure et redéfinir les règles politiques, les droits et les frontières des systèmes politiques. Ils interagissent par conséquent avec les autorités politiques, négocient et s'engagent dans des échanges avec eux. Ils s'efforcent d'influencer les décisions politiques par des moyens institutionnels, et parfois partiellement non institutionnels.

À l'inverse, les acteurs non politiques s'occupent de questions sous une forme ou dans des termes purement culturels, et soumettent les problèmes dans la sphère publique. Ils choisissent un terrain commun, sur lequel beaucoup de gens peuvent travailler ensemble. Ils désignent et formulent les questions de façon à ce que les gens appartenant à la sphère publique puissent comprendre, et ensuite ils laissent les moyens et les acteurs politiques la traiter.

Selon ces définitions, le Mouvement Hizmet appartient à la catégorie des acteurs culturels et sociaux plutôt qu'à celle des acteurs politiques. Bien que l'action politique soit légale, légitime et indispensable à la démocratie, le Mouvement évite la politique formelle, agit à son propre niveau dans les limites permises par la loi, et veut atteindre des buts et offrir des services bien définis, concrets et unificateurs.


Le Mouvement Hizmet s'occupe de valeurs et de croyances culturelles. Dans ses projets de service, il intègre des innovations dans les répertoires d'actions, introduit un élément de nouveauté dans ses interactions, et établit une combinaison nouvelle d'identités, de méthodes pour être au service des gens et de demandes. Tout cela peut en retour inspirer d'autres mouvements. L'intérêt du Mouvement Hizmet pour les valeurs culturelles et morales est clairement affiché dans ses activités interculturelles et éducatives, et dans ses services altruistes internationaux. Il est également visible dans sa compréhension de la société civile, dans la démocratie pluraliste participative, et dans leur compatibilité avec l'islam.


Gülen affirme que la dimension culturelle est un élément nécessaire de la conscience collective et nationale sans laquelle un peuple ne pourrait avancer sur un chemin reconnu et estimé en tant que tel. Il prétend qu'il y a une relation étroite entre l'harmonie et la stabilité des moyens grâce auxquels un peuple conduit ses affaires et ses ressources culturelles. Refuser de voir les principes sous-jacents et les éléments qui constituent la culture de quelqu'un, c'est de l'« aveuglement » et « essayer de les extraire de la société signifie une confusion totale ».

La société turque est complexe et ses besoins ne peuvent être exprimés sans une référence intelligente aux ressources culturelles de son peuple. Le Mouvement tente par conséquent de mobiliser les éléments culturels universels au sein des traditions, des codes et des idiomes du passé.

Sur cette base, il développe des manières de penser, de parler et d'agir qui peuvent se distinguer comme étant indépendantes et libres du contrôle et de la standardisation des traditions, des codes et des idiomes aujourd'hui imposés aux gens, en Turquie comme ailleurs.


Le fait que la plupart des sociétés soient complexes et manquent d'homogénéité – elles sont faites de gens de classes sociales, groupes ethniques, contextes religieux, etc. différents – signifie qu'il est possible de trouver des éléments et des valeurs que les cultures, et les gens qui s'y trouvent, ont en commun. Parce qu'il recherche activement ces fondements communs, le Mouvement Hizmet accueille des participants venant de tous les segments de la société turque et est rapidement devenu international. Il a maintenant des soutiens et des participants appartenant à de nombreux groupes ethniques, pays et conceptions religieuses et philosophiques différentes.

Au sein du Mouvement Hizmet, tous ces gens sont capables de s'informer et d'exprimer leur point de vue sur la relation entre foi et raison, et sur la coexistence pacifique dans les démocraties libérales avec une diversité religieuse, éducation et spiritualité. Il est donc clair que le Mouvement Hizmet n'est en aucune manière exclusiviste.


Une caractéristique remarquable du Mouvement est que les participants reconnaissent et respectent le système politique et affichent leur manque d'intérêt pour une prise de pouvoir et de contrôle sur l'État. Le Mouvement Hizmet adopte des formes d'action et d'organisation qui sont responsables et soumises à la médiation politique turque, sans s'identifier à elle. Le Mouvement n'agit donc pas en force d'opposition concernant une minorité, ou rejetant le système en vigueur en Turquie, ou résistant à la « rationalité » des décisions et des buts imposés par le système turc. Le Mouvement est un acteur culturel, un mouvement social, et non un mouvement politique.

L'hypothèse essentielle du Mouvement est que les partis politiques sont incapables de répondre aux demandes collectives. La raison en est que les partis sont structurés pour représenter des intérêts supposés rester relativement stables, avec un fondement géographique, professionnel, social et idéologique spécifique. Un parti doit donc assurer la pérennité des intérêts qu'il représente. Quand il doit représenter une pluralité d'intérêts, la structure traditionnelle d'un parti peut se révéler incapable de s'ajuster pour les coordonner. En effet, un parti politique peut difficilement arbitrer entre buts à court terme et à long terme. Obtenir des gains et des bénéfices à court terme exige d'un parti qu'il agisse en faveur d'intérêts instables, partiels et liés à une hiérarchie sociale. À l'inverse de ce que font les partis et les organisations politiques, la participation du Mouvement Hizmet à des projets sociaux dans des domaines particuliers de la vie sociale manifeste son manque d'intérêt pour les bénéfices à court terme et pour les positions hiérarchiques.


Il n'y a dans le Mouvement ni tendance, ni parti ni organisation-ombrelle politiques. Il n'y a pas de groupes d'intérêts ni d'effets de bords radicaux . Il ne s'est pas divisé en factions radicale et modérée. Il n'y a jamais eu de groupe extrémiste, radical ou politique pour définir les paramètres du Mouvement.

Le Mouvement Hizmet présente sa conception à travers des institutions formelles. Comme ces institutions sont la plupart du temps éducatives, elles ne se rangent pas du côté des partis politiques. Aussi ne peut-on pas dire que le Mouvement est fondé sur, influencé par, ou soutenu par des intérêts ou des conceptions politiques d'un seul parti politique.


Non, le Mouvement ne s'est jamais allié avec aucun parti politique établi. Cette indépendance a dans une certaine mesure garanti son succès. Bien que le Mouvement Hizmet soit né d'une initiative d'inspiration religieuse, les participants pensent que leur foi n'a pas besoin d'un contrôle étatique ou politique pour survivre, mais qu'elle a besoin de personnes instruites, de bons investisseurs financiers et d'un système pleinement démocratique.

Les idées de Gülen se différencient clairement à la fois de celles des ultra-nationalistes ou des néo-nationalistes, et de celles des islamistes politiques et modérés, par sa façon de mettre l'accent sur la contribution de la Turquie dans les processus dominants de mondialisation et dans l'économie de marché, et par son insistance sur le développement intellectuel et la tolérance.


Gülen et le Mouvement n'ont pas de telles aspirations, comme on a pu le constater et comme cela a été réaffirmé maintes fois par F. Gülen et par les participants au mouvement, ainsi que par des observateurs universitaires et journalistes. Au contraire, Gülen représente la continuation d'une longue tradition soufie cherchant à répondre aux besoins spirituels des gens, à éduquer le grand public, à procurer une certaine stabilité. Comme beaucoup de personnalités antérieures, on l'accuse à tort de rechercher le pouvoir politique.


La pratique sociale établie du Mouvement se focalise sur le rôle et les besoins de l'individu. Il insiste sur le besoin de l'individu de réfléchir sur soi et de s'accomplir. Sans s'égarer dans des formes de comportement narcissique, ou dans la recherche individualiste d'affirmation de soi et de gratification immédiate, le Mouvement Hizmet témoigne d'un profond changement dans le statut de l'individu et de ses problèmes. Grâce à des initiatives et à des services socioculturels, le Mouvement s'occupe des dimensions individuelles de la vie sociale et peut donc, par les efforts qu'il fournit, affecter la société dans son ensemble. L'espace où apparaissent de nouvelles formes d'action sociale n'est ni un espace politique, ni gouvernemental, ni étatique. Il éduque et socialise les individus sans individualiser ni politiser le social. Il admet que ni les individus ni le système n'ont jamais connu de changement à tous les niveaux en même temps et de la même façon. Le changement exige une longue période, d'immenses sacrifices, de l'engagement et de la patience, et ne peut être réalisé que par l'éducation, la paix et la coopération entre citoyens et civilisations animés des mêmes dispositions.

Dans une reformulation contemporaine des enseignements de Roumi, de Yunus Emre, et d'autres maîtres soufis classiques, Gülen insiste sur l'union du cœur et de l'intellect grâce à l'éducation. Il incite à s'engager de manière proactive et positive dans le monde moderne. Il conseille d'entrer en contact, par le dialogue et dans un esprit de coopération entre communautés religieuses, avec les classes sociales et pays différents.

Gülen s'est efforcé d'établir un dialogue entre idéologies, cultures, religions et groupes ethniques différents, en Turquie et dans le monde entier, bien au-delà des seuls cercles religieux traditionnels.


Elle se concentrent sur l'éducation, la santé, les médias, l'édition, la finance éthique et l'aide humanitaire.


F. Gülen ne demande pas aux gens de demeurer des récepteurs passifs, se contentant d'accepter ce qui vient de l'extérieur. Il leur conseille au contraire de rechercher activement des possibilités de se former soi-même. Les moyens comme les fins doivent être non conflictuels, non violents et non coercitifs, mais doivent être fondés sur l'amour des êtres humains et de la création. Ils doivent s'appuyer sur une information et une compréhension solides et être établis sur la liberté, la collaboration et la paix.

Le Mouvement Hizmet a pour fonction principale de façonner de nouvelles significations à l'action sociale et de servir de moteur d'innovation. Le Mouvement considère que les besoins des individus, de la culture et de la société passent avant la politique. Cependant, il ne faut en aucun cas confondre cela avec un culturalisme naïf ignorant les droits et les garanties reconnus par les institutions politiques. L'action du Mouvement Hizmet contribue alors à une redéfinition et à un remodelage de ce qu'est la démocratie, de ce qu'elle peut être et doit être.


Le discours et la pratique du Mouvement démontrent une compréhension régulière de la séparation entre les efforts et les acteurs culturels, qui peuvent porter une question sur le devant de la scène, et les efforts et acteurs politiques, qui peuvent alors porter cette question dans l'arène politique. La vision du monde, et la pratique sociale habituelle et courante du Mouvement démontrent qu'il n'est pas un acteur politique et qu'il fait une différence systématique entre questions socioculturelles et action politique.

À travers les résultats de projets sociaux institutionnalisés, le Mouvement Hizmet devient un catalyseur qui permet aux besoins sociétaux d'être considérés et analysés dans de nouveaux cadres conceptuels. Ces résultats prouvent que le niveau des compréhensions et des dimensions culturelles individuelles est plus important que le niveau politique. De telles dimensions et significations sont souvent difficiles et lentes à identifier, aussi la politique et les politiciens peuvent-ils les ignorer et les mettre de côté dans leurs analyses pendant les périodes électorales.

Le Mouvement souligne l'importance d'une société civile et d'espaces publics qui sont en quelque sorte une arène pour la consolidation des institutions démocratiques et pour la rencontre pacifique entre la politique, les mouvement sociaux, et les services altruistes.


Le caractère des services tient en grande partie les participants à l'écart des combats partisans quotidiens, et des discours des partis politiques. Les participants ne gaspillent et n'épuisent pas leur énergie dans des escarmouches politiques. L'efficacité des activités du Mouvement Hizmet vient de son ouverture et de sa réceptivité, et de l'efficience des formes de représentation disponibles. Cette particularité du Mouvement s'oppose à la compréhension dominante des mouvements sociaux en Occident, où les mouvements sont toujours vus comme belliqueux et conflictuels.

Le fait que le Mouvement évite consciemment les querelles politiques reflète le point de vue de F. Gülen sur les faiblesses des siècles passés dans l'histoire de la Turquie. Il a critiqué ces faiblesses passées et indiqué ce qu'il considérait comme étant les raisons de ces faiblesses : « Ceux qui font de la politique et ceux qui les soutiennent considèrent comme légitimes et permises tout moyen ou toute action susceptibles d'améliorer la situation de leur équipe ou de leur parti. Ils concevaient et lançaient des intrigues complexes avec l'illusion qu'ils changeraient tout, et le pays serait sauvé en renversant le groupe dominant et en changeant le parti au pouvoir. Il aurait fallu que l'action soit guidée par la pensée, la connaissance, la foi, la moralité et la vertu, et non par les ambitions et la haine politiques. » Aussi, plus qu'une quelconque façon de faire de la politique, c'est la vision religieuse et culturelle du Mouvement Hizmet qui est au centre de ses activités.


Non. F. Gülen a été accusé d'user de subterfuges pour cacher sa motivation politique, de dissimuler ses intentions véritables, de cacher un dessein et un projet politiques. Par exemple, en 2000, un procureur général de l'État accusa F. Gülen d'inciter ses lecteurs à comploter pour renverser le gouvernement laïc de Turquie. Mais F. Gülen a démontré que les accusations étaient portées par « un groupe marginal et influent qui exerçait un pouvoir considérable dans les milieux politiques », et il fut, en 2006, acquitté de tous les chefs d'accusation.

F. Gülen dit qu'il « ne cherche pas à établir un régime islamique mais qu'il soutient les efforts visant à s'assurer que le gouvernement considèrent les différences ethniques et idéologiques comme une mosaïque culturelle, et non comme un prétexte à discrimination. Les standards de la démocratie et de la justice doivent être relevés au niveau de ceux de l'Occident contemporain. »


La pratique établie du Mouvement et son intérêt l'empêchent de s'identifier comme ou avec un acteur politique particulier. En acceptant chacun tel qu'il est et en donnant à chacun la possibilité d'être différent et respecté, l'acteur collectif qu'est le Mouvement Hizmet élimine le risque d'afficher sa propre différence. Grâce à son action inclusive et intégrative, le Mouvement propose d'agir pour l'intérêt d'autrui tout en étant soi-même. Au contraire, un acteur politique manifeste sa différence, sa limite et son exclusivisme en se préoccupant d'abord de lui-même. L'acteur politique agit tout d'abord pour son propre intérêt, la plupart du temps de façon contentieuse, tout en étant différent, visible et distinct des autres.


Non, le Mouvement n'a pas d'adhésion en tant que telle, encore moins d'adhésion privée. Le Mouvement encourage ses participants à être ouverts sur le monde, à y être actifs et à appartenir à des réseaux nombreux et variés, et à tirer profit de la mobilité sociale et intellectuelle. Il favorise un accès permanent aux sources d'informations, d'idées et d'arguments externes à lui, et la coopération avec autrui sur la base des valeurs universelles.


Une tariqa est un ordre soufi. Une tariqa a un cheikh (maître soufi), un murchid (guide), qui joue le rôle de chef ou de maître spirituel de l'organisation. Une tariqa est un groupe de murids (terme arabe désignant « celui qui désire connaître et aimer Dieu »). Souvent, le cheikh désigne de son vivant son successeur qui dirigera l'ordre après lui. Chaque tariqa a une chaîne ou une lignée de cheikhs. Tout murid, quand il entre dans la tariqa, se voit assigner des récitations quotidiennes agréées par le cheikh (qui doivent en général être récitées avant et après la prière de l'aube, après la prière de l'après-midi et après la prière du soir). Ces récitations sont habituellement longues et consistent à réciter certaines formules un certain nombre de fois. Les récitations changent quand l'étudiant (murid) progresse du statut de simple initié jusqu'aux niveaux plus élevés (qui en général supposent des initiations additionnelles).

Les tariqas, qui se situent dans la tradition spirituelle de l'islam qu'on appelle globalement le soufisme, procurent des opportunités admises d'exprimer sa foi. Les tariqas se sont répandues dans tous les coins du monde musulman. Il est important de noter que l'appartenance à un ordre soufi particulier n'a jamais été exclusive et ne peut être comparée à l'engagement idéologique dans un parti politique. Contrairement aux ordres monastiques chrétiens qui sont délimités par des lignes précises d'autorité et sacramentelles, les soufis sont souvent membres de plus d'un ordre. La non-exclusivité des ordres soufis a des conséquences importantes pour le développement social du soufisme. Les tariqas sont un corps de tradition cumulatif plutôt que des expériences individuelles et isolées, et s'abstiennent habituellement de se laisser aller directement dans la politique. On considère qu'elles évitent à l'islam de devenir une doctrine froide et formaliste en y insufflant constamment un apport local et émotionnellement populaire, y compris des histoires, des fables et des rituels qui en découlent et que les littéralistes ne considèrent pas comme faisant partie de l'islam proprement dit.

En ce qui le concerne, le Mouvement Hizmet n'est pas une tariqa soufie. F. Gülen ne procède pas comme un cheikh. Contrairement aux tariqas classiques, aucune initiation n'est exigée, il n'y existe aucune pratique, procédure ni cérémonie religieuse confidentielle ou ésotérique, ni aucune terminologie mystique, qui seraient la marque de l'appartenance au Mouvement. Le Mouvement, au sens social et organisationnel, ne fonctionne pas de la même manière qu'une tariqa.


Le Mouvement n'a pas, et ne cherche pas à avoir, de textes sacrés secrets qui lui seraient exclusifs. Il n'a pas, et ne cherche pas à développer de rituels particuliers ou de fonctions sacerdotales, ni de vêtements, de gestes ou d'insignes spéciaux, ou d'autres dispositifs qui contribuent à former une identité fermée pour un groupe. Il ne propose pas de résultats ou de récompenses hors de portée des moyens ordinaires de l'effort humain dans le monde réel. Il ne cherche pas une célébration sacrée du moi dans un paradigme abstrait et anachronique. L'action du Mouvement n'est dirigée contre aucune personne, qu'elle soit réelle ou mystique. Il n'a aucun « adversaire » fantasmé à accuser quand les résultats sont insuffisants. Au contraire, tout échec doit être socialement défini au regard du cadre de référence et de la responsabilité des acteurs.

Au lieu d'accuser d'autres gens ou groupes pour les problèmes sociaux ou les échecs individuels, F. Gülen identifie les phénomènes ou les caractéristiques personnelles à combattre. Il rend trois choses responsables de tous les problèmes de la Turquie moderne : l'ignorance, la pauvreté et le schisme interne (désunion sociale). Il fait le commentaire suivant : « À cela s'ajoutent aujourd'hui le bavardage, l'intimidation et la coercition, l'extravagance, la décadence, l'obscénité, l'insensibilité, l'indifférence et la contamination intellectuelle … Le manque d'intérêt pour la dynamique religieuse et historique, le manque d'éducation et de connaissance, et l'ignorance dans la pensée systématique […], constituent les raisons essentielles de la décadence et la pauvreté actuelles en Turquie et dans la région. »


Les participants au Mouvement sont conscients du fait que l'interprétation par des investigateurs externes de leurs paroles et de leurs actes peut, quand on la rapporte, porter préjudice à l'institution ou au corps de bénévoles au sein desquels ils travaillent. La sensibilité de l'État et du système politique turcs (où l'équilibre des forces peut changer brutalement et de façon imprévisible) et la situation actuelle dans le monde des musulmans et des mouvements inspirés par l'islam en sont les causes. Cela pousse les gens à la prudence quand ils expriment leurs idées qui, si elles sont enregistrées et publiées de façon biaisée et malveillante, peuvent provoquer par la suite des conséquences non désirées, voire une déformation ou un abandon de leur propre compréhension de leur action.


La Turquie qui est un État laïc où la liberté de conscience et d'association est conçue de façon telle que les communautés et les ordres religieux (parce que non gérés par l'État) n'ont pas d'existence officielle au moment où le présent texte est écrit. Aux débuts de la République turque, plusieurs nouvelles restrictions furent imposées aux ordres religieux, aux tariqas, aux communautés religieuses (englobant les musulmans, les chrétiens et les juifs) et à la pratique de leur religion par les membres ordinaires de la société. Cependant, non seulement les communautés de foi et les ordres religieux ont survécu, mais ils ont été revivifiés et ont pris de l'importance en Turquie. Alors que l'institutionnalisation et l'organisation modernes en Turquie n'ont pu se développer, la fraternité et la solidarité religieuses, formes fondamentales de l'organisation sociale, continuent à évoluer. En effet, ces formes de bases de l'organisation civiques et inspirées par la religion, initiatives du bas vers le haut constituent le capital social et la ressource nécessaires pour la modernisation du pays. Leur succès est cependant considéré par l'élite protectionniste avec méfiance et décrit comme une menace potentielle ou réelle pour les fondements de l'État.

L'engagement de la constitution turque en faveur de la laïcité signifie que les gens peuvent être (et de nombreuses personnes ont été) poursuivis en raison de leur rattachement et de leur soutien à des ordres ou à des sectes religieux. Comme il n'existe pas de charte éthique acceptée par tous les acteurs du jeu politique turc, le vide moral qui s'ensuit signifie que l'essentiel de l'espace politique est devenu « le lieu de combines et de fraudes … sources de corruption » . Il est regrettable que souvent, en Turquie, la politique soit fondée sur ce qu'on appelle par euphémisme des « relations de protection », au nom desquelles les concepts de religion comme de démocratie laïque sont détournés de leur usage. Ainsi, en Turquie, les termes de « secte » et de « culte » sont-ils employés indifféremment par les critiques laïcs pour dénigrer les groupes et les communautés liés à la religion.

Dans ce contexte sociopolitique, accuser le Mouvement Hizmet, alors qu'il n'est pas un groupe politique, d'être une secte arriérée et donc subversive, est un des moyens utilisés pour délégitimer lui et les services que ses participants fournissent. Pourtant, alors que les accusations de ce genre ont été nombreuses, il n'existe aucune preuve, selon la loi turque, d'association, d'action ou de conspirations illégales à l'encontre du Mouvement. Les procureurs aux motivations idéologiques et les groupes protectionnistes qui sont derrière eux ont porté des accusations contre F. Gülen et les participants au Mouvement sans jamais parvenir à faire condamner une seule personne appartenant au Mouvement.

À l'issue d'enquêtes répétées, les autorités ont conclu qu'il n'existait aucun indice dans les ouvrages de F. Gülen d'un soutien aux intérêts d'une secte religieuse, d'une volonté d'établir une communauté religieuse, d'une utilisation de la religion à des fins politiques ou personnelles, ou d'une quelconque violation des principes et de l'ordre gouvernementaux. Les œuvres de F. Gülen se présentent comme des explications du Coran et des hadiths, des conseils religieux et moraux, et des écrits encourageant les vertus de citoyens bons et calmes.


Non. Le Mouvement ne correspond à aucun des critères qu'on emploie pour identifier les sectes et les chapelles. Le Mouvement n'a jamais essayé de constituer un ensemble distinct au sein de l'islam. Ce n'est pas un ensemble distinct au sein d'une communauté musulmane plus large, fondé sur des subtilités ou des distinctions en matière de croyance et de pratique. Ce n'est pas une petite faction ou une clique contestataire rassemblée autour d'un intérêt commun, de croyances particulières, ou de rêves ou d'utopies hors d'atteinte.

Le Mouvement est un réseau de gens déjà bien établi et reconnu internationalement. Il n'a aucun leadership formel, aucun cheikh et aucune hiérarchie. Les participants ne sont soumis à aucune procédure ni cérémonie, ou n'ont à passer par aucune initiation pour être affilié ou prendre part aux activités.

Dans la société turque au sens large, les participants au Mouvement ne sont pas considérés comme un groupe fermé et particulier, et n'agissent pas comme tels. Les participants au Mouvement ont prouvé qu'ils n'ont aucune opinion ou idéologie que la majorité des gens en Turquie et à l'étranger considèrent comme extrêmes avec leurs déclarations, leurs projets et leurs actions. Ni le grand public, ni les médias ni les tribunaux ne les considèrent comme hérétiques ou déviants en quoi que ce soit. Les participants au Mouvement n'ont jamais été accusés d'avoir des pratiques différentes de ce qui est en général accepté dans la tradition religieuse.


Une caractéristique commune aux acteurs du Mouvement est qu'ils acceptent l'autorité intellectuelle de Gülen. Ils ont en outre tendance à mettre l'accent sur certains aspects particuliers dans la pratique de leur foi. Ces aspects apparaissent sous forme de dispositifs ou de styles distinctifs dans leur discours positif et leur action pacifique. Cependant, certains facteurs invalident toute forme de retrait dans un groupe ou une secte. Ils comprennent la conscience qu'a le Mouvement des valeurs morales et religieuses, son éthique de la responsabilité envers la Turquie et les sociétés humaines mondiales, l'esprit de concurrence et de mobilité vers le haut, et l'encouragement à acquérir la connaissance à partir de multiples sources extérieures au Mouvement.

Le Mouvement n'essaie pas de se distinguer, et donc de se couper des communautés mondiales musulmane ou laïque, par une idéologie, un mythe ou une vision utopique distinctive. Le Mouvement n'a pas de doctrine ni de dogme particuliers, de textes ou de procédures secrets, de rites, rituels, insignes, vêtements ou cérémonies qui indiquent que les gens ont « adhéré ». En effet, il n'y a aucune appartenance à proprement parler, et encore moins exclusive.

Le leadership est décentralisé, la gestion des ressources et la prise de décision sont diffuses à travers les institutions. Les institutions sont en contact régulier et informel, mais elles sont formellement et opérationnellement indépendantes. Les institutions et les activités du Mouvement sont ouvertes à tous. Les institutions et les activités procurent une formation scientifique, un enseignement moral solide fondé sur des valeurs éthiques universelles, et elles incitent à un militantisme pacifique et positif, et à un engagement de chacun dans la communauté et pour l'humanité.

Le Mouvement n'est pas lié à une tradition ou une appartenance sectaires. L'adhésion au réseau, la participation et l'appartenance au Mouvement ne sont pas exclusives, aliénantes et sectaires, parce que le Mouvement n'est pas fermé au monde extérieur. En effet, il a l'ambition d'être un engagement collectif envers le grand public. C'est une évidence dans ses vastes activités et organisations, interculturelles et interreligieuses, à travers le monde. Il n'a aucune orientation fermée au plan géographique, ordinaire ou idéologique, mais sa structure est ouverte et fluide.


La question du charisme est un processus qu'on rencontre dans les sectes et les chapelles. C'est un processus qui fait du leader du groupe un être spécial, et même un être supérieur aux yeux des membres de la secte. Il comporte la construction de mythes autour de l'enfance du leader, de lieux sacrés, d'objets saints qu'il a utilisés ou touchés, etc. L'image d'un être supérieur prêt à descendre au niveau des gens ordinaires est construite. Le charisme suscité par ses partisans fait du leader du groupe une personne inexplicable, imprévisible, arbitraire dans l'exercice de l'autorité et encline à abuser du pouvoir. Disposant de ce pouvoir et n'étant limité par aucune règle ou tradition, le leader peut ordonner ou intervenir dans tous les domaines de la vie de ses partisans – qui ils épousent, s'ils auront des enfants ou non, le travail qu'ils feront, l'endroit où ils vivront, peut-être même s'ils vivront – jusqu'aux détails les plus insignifiants. Cette autorité s'applique à tout, et le leader peut revenir sur ses décisions et ses ordres sur un coup de tête et à tout moment.

Se distinguant fortement de cette forme de charisme, les acteurs du Mouvement n'accordent à l'évidence pas ce genre d'autorité sans limite et arbitraire à Fethullah Gülen. Ceux qui connaissent Gülen ou entrent en contact avec lui reconnaissent et respectent son savoir, son ascétisme, sa piété, son expertise et son érudition en matière religieuse, spirituelle et intellectuelle. Ils ne lui attribuent pas un charisme sacralisé. Que Gülen soit habituellement présenté comme le leader du Mouvement – chose qu'il n'a lui-même jamais acceptée ni approuvée – n'a pas eu pour conséquence de susciter l'émergence d'une personnalité autoritaire. Le Mouvement est resté attaché à la mise en œuvre d'une réflexion collective, d'une consultation et d'un consensus qui évitent l'apparition d'une mentalité grégaire ou d'une « pensée unique » auxquelles on se laisserait aller.


Gülen parle souvent d'une renaissance, mais il n'entend pas par là une sorte de « renaissance » magique. Au contraire, cette renaissance est un processus actif qui implique de travailler pour « éviter les maladies comme la passion, la paresse, la recherche de la renommée, l'égoïsme, le matérialisme, l'étroitesse d'esprit et l'emploi de la force brute » et pour les remplacer par « des valeurs humaines éminentes comme le contentement, le courage, la modestie, l'altruisme, la connaissance et la vertu, et la capacité à penser de façon universelle ».

Le Mouvement est attaché à la rationalité à travers son acceptation des différences et de la multiplicité dans la société, la nécessité de la division du travail, et sa reconnaissance de relations de pouvoir au sein de la communauté au sens large. Sa rationalité vise à affirmer la relation entre les fins et les moyens, et à protéger les gens des déséquilibres et des divisions créés par les formes de pouvoir qu'exige la gestion de la complexité. Loin d'enseigner aux gens à espérer une forme de transformation soudaine et magique, Gülen exhorte constamment les participants dans ses déclarations écrites ou verbales, à un effort, une connaissance, un contrôle d'eux-mêmes et une modération plus grands.


Non, Gülen ne propose pas un retour nostalgique aux modèles ottomans. Ses références à l'histoire ne comportent aucune allusion à la politique culturelle. Il n'essaie pas de dénigrer une période de l'histoire, en particulier les moments associés aux origines de la modernité en Turquie. Il n'évoque pas le passé pour exprimer le souhait que le sultanat soit restauré comme raccourci vers l'unité et l'ordre, et il n'idéalise pas la « patrie », la « religion » ou la « famille » pour en faire des causes. Il reconnaît et comprend les complexités du monde moderne.

Depuis la naissance du Mouvement, Gülen propose des modèles d'amélioration personnelle conduisant à la transformation sociale. Il ne voit pas dans le passé une stratégie pour renforcer l'ordre politique actuel, et il ne considère pas non plus qu'un modèle nouveau fondé sur le passé puisse ou doive être actuellement remis en place. En effet, il appelle ce type de pensée un anachronisme grotesque, et dit qu'aucune personne sensée ne peut penser qu'un tel saut dans le temps peut être fructueuse. Selon lui, la Turquie ne retrouvera pas l'hégémonie internationale qu'elle exerçait avant la Première Guerre mondiale. Pour Gülen, l'idée même d'un tel impérialisme culturel est incompatible avec les réalités économiques, militaires et géographiques actuelles. Les efforts de Gülen et du Mouvement sont très différents des projets réactionnaires cherchant à faire revivre et à restaurer le passé. Gülen ne cesse de répéter que « si l'on ne s'adapte pas aux circonstances nouvelles, nous serons condamnés à l'extinction ».

Gülen recherche dans le passé des exemples à suivre et les erreurs à éviter, autrement dit il regarde le passé comme un moyen de dépasser ce qui nous en reste. Il a déclaré : « Il est aujourd'hui à l'évidence impossible de vivre avec des conceptions obsolètes qui sont loin de la réalité. Comme il est impossible de continuer l'état ancien, il reste à adopter un nouvel état ou à disparaître. Soit nous façonnerons notre monde ainsi que l'exige la science, soit nous serons jetés dans un gouffre, nous et le monde dans lequel nous vivons. »

Par contre, être conscient de l'histoire clarifie les concepts du présent, qui sont pour la plupart forgés à partir des concepts et des événements du passé. À ce propos, Gülen a dit : « Si garder nos yeux fermés face à l'avenir relève de l'aveuglement, alors le désintérêt pour le passé est une calamité ». En proposant un très large éventail de thèmes et de personnages historiques, Gülen donne de l'espoir et fait accéder ses auditeurs aux sagesses nécessaires pour se réformer et progresser dans une société mondialisée. Pour lui, connaître l'histoire est une voie menant vers un avenir innovant et réussi, où les gens seront à même de savoir où ils vont.


Gülen refuse absolument le modèle de citoyenneté reflétant une forme d'homogénéité raciale, ethnique, culturelle et religieuse fondé sur certaines sociétés (souvent imaginaires) du passé. En réalité, il insiste sur le fait qu'aucun des dix-sept États mis en place par les Turcs au cours de l'histoire n'a été fondé sur une telle homogénéité. Gülen a prétendu que se consoler en racontant à nouveau les actes héroïques d'autrui est l'indice d'une faiblesse psychologique typique des impuissants qui ont échoué, ou qui refusent d'assumer leurs responsabilités présentes dans la société actuelle. Il affirme : « Bien entendu, il est certain que nous devons commémorer les saints de notre passé avec une émotion profonde, et célébrer les victoires de nos ancêtres héroïques avec enthousiasme. Mais nous ne devons pas penser que nous consoler avec des tombes et des épitaphes est tout ce que nous avons à faire … Chaque scène du passé n'est précieuse et sacrée que dans la mesure où elle nous stimule, nous remplit d'enthousiasme et nous procure la connaissance et l'expérience permettant d'agir aujourd'hui. Dans le cas contraire, c'est une illusion totale, puisqu'aucun succès ni aucune victoire du passé ne peuvent venir à notre aide dans notre combat actuel. Aujourd'hui, notre devoir est de proposer à l'humanité un message nouveau, fait de scènes frappantes du passé mélangées à une compréhension des besoins du présent ».


Le Mouvement ne se conforme à aucun paradigme anachronique comme le font les sectes. Il n'idéalise pas le passé. Cependant, il insiste sur les valeurs culturelles. Gülen a dit : « On accorde peu d'attention et d'importance à l'enseignement des valeurs culturelles bien que cela soit très nécessaire à l'éducation. Si un jour nous pouvons faire en sorte que cette importance soit reconnue, nous aurons alors atteint un objectif majeur. »

Les critiques se sont emparés de cet accent mis sur les valeurs culturelles, qu'ils décrivent comme un appel réactionnaire à revenir à la société ottomane pré-républicaine – en termes sociologiques, une forme d'utopie régressive. Le terme péjoratif employé en turc dans ce contexte – irticacý – peut se traduire par « réactionnaire ». Pourtant, Gülen a toujours rejeté cette accusation : « Le mot irticacý signifie le fait de retourner dans le passé pour ramener le passé dans le présent. Je suis une personne qui ne vise pas seulement le futur proche, j'ambitionne également l'éternité. Je me soucie de l'avenir de notre pays et réfléchit sur ce que je peux faire pour lui être bénéfique. Je n'ai, à aucun moment de ma vie, dans aucun de mes écrits, de mes discours ou de mes actes, manifesté un souhait, une volonté d'un retour au passé. Mais personne ne peut accuser de irticacý la croyance en Dieu, l'adoration, les valeurs morales et … les questions non limitées par le temps. »

Le Mouvement Hizmet n'a jamais défini son identité en termes de passé, ni à ses débuts ni à des stades ultérieurs. Il ne met à profit ni ne crée aucun mythe évasif de renaissance. Son action ne repose pas sur un appel utopique chargé de connotations religieuses ou idéologiques. Il ne réduit pas la complexité de la vie moderne à l'unité d'une formule simpliste englobant tout. Il reconnaît différents niveaux et outils d'analyse, et par conséquent n'identifie pas l'ensemble de la société à la solidarité sacrée d'un quelconque groupe. Son accent mis sur le religieux ne lui fait pas courir le risque d'être manipulé par une structure de pouvoir, d'être marginalisé comme les sectes ou de se transformer en une mode ou un article pour apaiser l'esprit vendu sur le place du marché. La concurrence, à l'intérieur et entre les projets de service, ne permet pas au Mouvement de se transformer ou de se changer en un parcours individuel, une quête mythique ou un fondamentalisme fanatique.


Le Mouvement n'est pas fermé au monde car il sait qu'il a besoin d'être dans le monde pour apprendre de lui. Gülen incite au contraire à intégrer d'autres gens et à s'ouvrir à eux. Il explique : « Les gens doivent apprendre à tirer profit du savoir et des idées d'autrui, car ce peut être bénéfique à leurs propres système, pensée et monde. Ils doivent en particulier toujours chercher à tirer profit du vécu de ceux qui ont de l'expérience. » Il est donc peu vraisemblable que des personnes qui ont lu et écouté Gülen entrent dans une relation ou une structure de type sectaire.


Contrairement à ce qui se passe dans les sectes, la cohésion du groupe ne relève pas de son adhésion. On n'y adhère pas pour son propre profit, autrement dit l'appartenance n'est pas orientée vers l'intérieur, mais vers le service aux autres avec un regard orienté vers l'extérieur. La motivation et l'incitation sont construites à travers les réseaux relationnels et les services procurés de manière altruiste, en commun avec d'autres personnes. C'est ce qui relie les individus les uns aux autres.

Gülen fait souvent allusion à un dicton turc : « Un individu doit être au milieu des gens ordinaires comme une personne ordinaire, en étant pourtant constamment conscient qu'il est avec Dieu et sous Sa supervision constante. » Cela signifie qu'on vit parmi les gens et au milieu de la multiplicité et de la diversité. C'est pourquoi, contrairement à ce qui se passe dans les sectes et les chapelles, les participants au Mouvement préfèrent être avec et pour les gens, et non pas les éviter. Ils ne se retirent pas en eux-mêmes, coupant les relations sociales avec les autres, ou les relations avec le monde extérieur, et ne renonçant pas à des lignes de conduite pertinentes et faisables.

Gülen insiste sur l'interdépendance des communautés qui ont émergé avec les moyens de communication et de transport modernes. Il enseigne que tout changement radical dans un pays ne sera pas déterminé par ce seul pays, parce que cette époque est une époque de relations interactives et que les nations et les peuples ont plus besoin et dépendent plus les uns des autres. Cette situation exige des relations mutuelles plus étroites et les gens doivent s'accepter mutuellement tels qu'ils sont et rechercher des moyens de s'entendre. Les différences fondées sur les croyances, les races, les coutumes et les traditions sont une richesse et doivent être appréciées pour le bien de tous dans le cadre de relations pacifiques et respectueuses.

Gülen fait remarquer que « ce réseau de relations, qui existe sur la base de l'intérêt mutuel, procure certains bénéfices pour le plus faible. En outre, en raison des progrès dans la technologie électronique digitale, l'acquisition et l'échange d'informations se développent peu à peu. Par conséquent, l'individu est placé au centre des discussions, cela entraine inévitablement le changement de régimes : les gouvernements autoritaires sont remplacés par des gouvernements démocratiques respectueux des droits individuels. »


Une secte crée des séparations, des divisions et des ruptures idéologiques et existentielles impossibles à surmonter. Sa politique identitaire et son appel tendent à dissimuler ou à nier le dilemme fondamental de la vie en société dans les systèmes complexes. Étant une organisation exclusiviste, une secte exige un long noviciat, une discipline rigide, un haut niveau d'engagement inconditionnel, et une intrusion dans les moindres aspects de la vie de ses membres. Quand une société ou des gens en quête d'accomplissement au sein de réseaux fermés particuliers se retrouvent incapables de gérer le flot d'informations auquel ils sont exposés, ils se retirent de la vie sociale et transforment leurs besoins spirituels en mysticisme intolérant. Si les prétentions identitaires d'un mouvement sont poussées trop loin, le mouvement finit par devenir une organisation sectaire conflictuelle, dotée d'une idéologie intolérante, et le mouvement tend alors à se fragmenter en sectes sûres d'elles et fermées. Si certaines questions ou différences deviennent politiques et contradictoires, et si le mode de prise de décision politique du mouvement est limité et incapable de résoudre les différences, le mouvement éclate en groupes sectaires.

Par contre, la vision du monde et l'action collective du Mouvement Gülen sont totalement différentes de celles d'une secte. Il n'est pas un isolationniste dans une structure purement fondée sur une communauté et de type sectaire. Gülen reconnaît et accepte volontiers la nature de la vie sociale dans les systèmes complexes et mondiaux d'aujourd'hui. Il a déclaré : « Nous devons savoir comment être nous-mêmes et rester nous-mêmes. Cela ne signifie pas s'isoler d'autrui. Cela veut dire protéger d'autrui notre identité essentielle, et suivre notre chemin parmi d'autres chemins. Alors que l'identité individuelle est nécessaire, il nous faut aussi trouver le moyen d'une intégration universelle. L'isolement du monde aboutira à l'anéantissement. »

Les participants au Mouvement Hizmet trouvent l'accomplissement au sein des réseaux de service et sont habilités à gérer plus aisément le flot d'informations. Ils ne se retirent donc pas de la vie sociale, et leurs besoins spirituels ne sont pas transformés en un mysticisme intolérant. Puisque les besoins identitaires et les demandes des participants ne sont pas poussés trop loin par une idéologie intolérante dans des réseaux de service, le Mouvement ne se transforme pas, en se fragmentant, en une secte conflictuelle et sûre d'elle, ou en une quelconque forme d'organisation sectaire. Puisque les problèmes ou les différences au sein du Mouvement ne sont pas politisés mais gérés dans une attitude de coopération plutôt que de conflit, et puisque la prise de décision est collective et consensuelle, le Mouvement garde sa capacité à résoudre les différences qui naissent de la multiplicité dans les sociétés complexes. Et c'est pourquoi le Mouvement Hizmet n'a jamais éclaté en groupes sectaires.


À propos du fait d'être ou de devenir une secte, Gülen a dit qu'il « n'était pas personnellement favorable à une telle pratique ». Il dit que les participants au Mouvement « ne représentent pas, dans la société, un groupe séparé et semant la discorde », et « ils ne sont associés à aucun groupe, et n'ont développé aucun groupe de cette nature ».

Le Mouvement se distingue d'une secte ou d'un groupe autonome en ce qu'il opère en pleine conscience de son engagement vis-à-vis du champ social auquel il appartient, où il agit et auquel il contribue. Il a en commun avec le reste de la société un ensemble de problèmes généraux, et il cherche à trouver et à constituer avec d'autres des fondements et des références partagés. Gülen écrit : « Des développements immenses dans les technologies des transports et des télécommunications ont fait du monde un grand village. Dans ces circonstances, tous les peuples du monde doivent apprendre à partager ce village et à y vivre ensemble dans la paix et le secours mutuel. Nous pensons que les gens, quels que soient leur religion, leur culture, leur civilisation, leur race, leur couleur et leur pays, ont en commun plus de raisons de se rassembler que de se séparer. Si nous encourageons les éléments qui les incitent à vivre ensemble dans la paix, et qui les éveillent aux dangers de la guerre et des conflits, le monde pourrait être meilleur qu'aujourd'hui. »


Le Mouvement ne considère pas l'« adversaire » comme un sujet d'agression. Il reconnait à cet adversaire toute humanité, toute rationalité et tout potentiel à faire le bien. Le Mouvement refuse systématiquement et avec constance de mettre en action des processus négatifs ou destructeurs. C'est pourquoi il a été parfois critiqué et accusé de passivité. Cette critique n'est pourtant pas fondée. En effet, le Mouvement encourage un niveau de motivation très élevé et ouvre la voie à la responsabilité et à la mobilisation individuelles et collectives. Gülen enseigne que « la principale voie pour réaliser des projets passe par la conscience et l'éthique de responsabilité. Comme l'irresponsabilité dans l'action engendre le désordre et le chaos, il ne nous reste pas d'autre choix que de discipliner nos actes par la responsabilité. En vérité, toutes nos entreprises doivent être jugées à l'aune de la responsabilité. »


Parce qu'il identifie correctement et avec précision le véritable caractère social des conflits, le Mouvement propose des solutions adéquates sans créer de situations conflictuelles inattendues au sein de l'action collective. Les participants au Mouvement sont socialement, culturellement et intellectuellement compétents, et peuvent donc réagir à la spécificité des demandes individuelles et collectives. Ainsi, ils ne permettent pas que les demandes se neutralisent mutuellement. Ils n'essaient de fuir dans un réductionnisme qui ignorerait ou ferait disparaître l'aspect individuel dans l'identité que le Mouvement s'est donnée. En employant cette capacité sociale, le Mouvement évite de tomber dans des comportements moins sociaux et moins coopératifs, ou de se replier sous forme de secte, voire de se dissoudre en un mythe utopique.


Gülen a une visibilité dans la vie publique à travers ses discours, ses actions et ses projets depuis l'âge de seize ans comme prédicateur, écrivain et initiateur d'une action dans la société civile. Il n'a entraîné personne dans des absurdités, des déviations, de la violence, des meurtres, le suicide ou des abus d'aucune sorte. Dans ses pensées et ses actes, il n'a manifesté aucune attitude d'irresponsabilité ou d'arbitraire. En Turquie, quelques individus ou groupes marginaux et mus par l'idéologie se sont opposés à sa vision du monde et à ses projets, mais sans aller jusqu'à apporter des preuves à des accusations de ce genre. Cela montre bien que Gülen et le Mouvement ne ressemblent pas aux sectes, chapelles et nouveaux mouvements religieux qu'étudient les chercheurs contemporains.


Le Mouvement accorde une place importante à l'interdépendance du champ social dans sa vision du monde, ses valeurs et même son cadre organisationnel. Il n'a pas d'idéologie totalisante qui possèderait et contrôlerait le champ social. Aussi n'a-t-il pas besoin de parler des « autres » ou des « étrangers » en termes négatifs.

Les sectes, par contre, rejettent la différence et la diversité en leur sein, et l'interdépendance avec le monde extérieur. Elles n'ont pas de solution pour gérer la différence au sein de la complexité. Leur appel totalisant ne prend pas en compte le fait que les gens vivent en même temps dans un système de façon interdépendante.


Dans le Mouvement, les gens participent à la société de différentes manières et dans le cadre de nombreuses relations différentes. Ces affiliations inclusives et multiples relient et intègrent différents domaines du Mouvement. Cela permet donc à des personnes différentes d'entrer en contact les unes avec les autres dans les réseaux de service. Tout en construisant des ponts entre les SMO, les individus partagent et échangent des expériences, des ressources et des informations. Les dimensions privées, culturelles et sociales s'entrecroisent dans des participations multiples mais compatibles (habituellement complémentaires) au Mouvement. Une telle liberté de choix et d'action, dans sa globalité et sa flexibilité, efface les frontières entre le Mouvement et la société au sens large, et contribue à développer les canaux de communication, l'interaction et la confiance mutuelle. C'est ce qui évite au Mouvement de devenir une organisation unique, autoritaire, toute puissante et sectaire, et empêche que se développe un tel mode de management.


Avec ses participations dans le domaine de l'éducation, dans les questions interreligieuses et interculturelles, et dans les projets et institutions altruistes à l'échelle internationale, le Mouvement se révèle capable de traiter les informations et les réalités émergentes. Il admet que les idées, les fondements, les références et les problèmes que les êtres humains ont en commun sont beaucoup plus nombreux que les différences qui les séparent. Gülen enseigne qu'« on peut être ouvert aux autres tout en étant soi-même » et que, « pour la coexistence pacifique, on peut se construire parmi les autres, dans la proximité avec les autres ». La différence et le particularisme d'un acteur ne nient pas l'interdépendance et l'unité avec les autres. Les gens peuvent se rassembler et coopérer autour d'un ensemble de valeurs universellement reconnues. On peut y parvenir grâce à l'éducation, à des arguments convaincants, à une relation pacifique et à la négociation.


Gülen n'est pas un personnage politique. Il ne veut pas politiser les valeurs islamiques et il est considéré comme un penseur réformiste plutôt que comme un révolutionnaire. Il cherche à répondre aux besoins spirituels des gens, à éduquer le grand public et à procurer une certaine stabilité dans une époque de désarroi. C'est une erreur de l'accuser de rechercher le pouvoir politique.


Un conflit est un combat entre deux acteurs cherchant à s'approprier ou à contrôler des ressources considérées comme précieuses par les deux parties. Gülen ne participe pas à de tels conflits. Il affirme que « pour un monde meilleur, la voie la plus efficace consiste à éviter disputes et conflits, et à toujours agir de façon positive et constructive » et que, « dans le monde moderne, la persuasion est le seul moyen de faire accepter ses idées aux autres ». « Ceux qui ont recours à la force sont intellectuellement corrompus, car les gens revendiqueront toujours le liberté de choisir la façon de gérer leurs affaires et d'exprimer leurs valeurs spirituelles et religieuses. » Tout en ayant encore besoin d'être améliorée, « la démocratie est aujourd'hui le seul système politique viable et les gens doivent s'efforcer de moderniser et de consolider les institutions démocratiques afin de construire une société où les droits de l'homme et les libertés individuelles sont respectés et protégés, et où l'égalité des chances pour tous est plus qu'un rêve ». Gülen affirme que l'action conflictuelle et réactive ne peut atteindre ses buts de façon précise, car elle propose typiquement l'extrémisme et la violence et n'engendre que contre-extrémisme et représailles.


Les acteurs d'un conflit partagent un terrain d'action, un système de référence commun, quelque chose qui est en jeu entre eux auxquels les deux groupes se réfèrent implicitement ou explicitement. Les adversaires entrent en conflit à cause des définitions opposées de leurs objectifs, des relations et des moyens de production sociale qui posent problème entre eux. Le conflit se manifeste par un affrontement concernant le contrôle et l'allocation des ressources que les parties concernées jugent cruciales.

Par contre, le Mouvement Hizmet n'est pas l'expression d'un conflit. Les participants n'y violent pas les limites du système de relations sociales où leur projet de service et leurs efforts se situent. Ils n'enfreignent pas les règles du jeu, et ils sont toujours désireux de négocier les objectifs des institutions ou des projets de service qu'ils ont mis en place et qu'ils font fonctionner. Le Mouvement ne conteste pas la légitimité du pouvoir ou du système dans lesquels il est actif. Son action collective n'est pas rattachée à des classes, orientée politiquement, belliqueuse ou fondée sur la rivalité. Il ne poursuit pas des objectifs matériels étroits.

Le service proposé par le Mouvement ne s'est jamais associé avec des groupes marginaux et déviants présents dans les sociétés, et n'a jamais été infiltré par eux dans les institutions mises en place par les participants. Les services d'éducation ne se sont jamais dissous dans un simple comportement revendicatif ou dans une rupture violente, et n'ont jamais perdu leur capacité à affronter les problèmes éducatifs pour le bien commun.

Le Mouvement Hizmet s'efforce à éradiquer l'ignorance, le retard, la désunion, l'incroyance, l'injustice et les déviations. Aussi ne s'occupe-t-il pas de lancer un défi politique à la légitimité du pouvoir ou à l'affectation actuelle des ressources sociales. Le Mouvement ne peut donc se définir comme une réaction conflictuelle ou belliqueuse.

Cependant, Gülen et le Mouvement affrontent et essaient de résoudre des problèmes et des crises – des problèmes comme les tentatives de politisation de la religion, les tensions sociétales et sectaires et leur exploitation en vue de déséquilibrer la Turquie. Le Mouvement Hizmet s'oppose également aux activités indésirables telles que le fondamentalisme, le dogmatisme et la coercition, mais les participants n'essaient pas de contrôler des individus, des groupes ou des partis politiques particuliers ou l'État.


Non. Un mouvement revendicatif cherche à défendre les avantages dont jouit un groupe particulier, ou à obtenir une part plus grosse du « gâteau » que représentent les fonds publics ou d'autres ressources pour un groupe ethnique, religieux, social ou politique défavorisé. Le Mouvement Hizmet ne pratique pas ce genre de choses, et ne peut donc être qualifié de « revendicatif ».

Le Mouvement ne mobilise pas en vue d'une participation politique à la prise de décision, ne combat pas l'idéologie de l'État et ne prétend pas vouloir accéder aux décisionnaires. Les participants au Mouvement ont contribué à ouvrir de nouveaux canaux d'expression pour des besoins qui en étaient exclus jusque là, comme le dialogue interculturel et interreligieux et la coopération (plutôt que le conflit) entre civilisations. Cependant, en aucune façon ils ne poussent leurs services au-delà des limites établies par les normes existantes et le système politique. Ils ne visent pas non plus à changer le régime politique ou le système de démocratie parlementaire, ni à intervenir dans ses décisions et ses actes. Une action orientée vers le public n'est pas toujours politique ou hostile. Il existe au contraire des dimensions sociales, culturelles, cognitives, symboliques et spirituelles à une telle action, qu'on ne peut jamais complètement traduire en termes de politique.


Non. Il se peut que l'action collective du Mouvement mette la pression dans l'arène politique, mais cette pression n'est pas nécessairement revendicatrice et hostile. Dans le Mouvement apparaît la dimension de l'offre, une forme d'action qui développe et anticipe de nouveaux modèles de rationalité sociale. Cette action concerne les codes culturels, non la confrontation et le conflit avec le système politique. Elle permet à des gens ordinaires de reprendre la responsabilité d'une diversité de rôles différents au service de la société. En effet, l'identité même du Mouvement repose sur sa réussite dans la fourniture de services aux communautés.

Les principes et les buts du Mouvement Hizmet ne permettent aucune sorte de mobilisation agressive et non institutionnalisée. Le Mouvement ne permet pas des exigences et des attentes irréalistes et incompatibles, ni quoi que ce soit qui transgresse des règles marquant des limites – en Turquie comme dans l'arène internationale – susceptible de déclencher un conflit. Les participants au Mouvement sont incités à réfléchir et à comparer leurs actions menées dans des situations différentes à des moments différents. Il existe un processus ouvert d'analyse des coûts et des bénéfices, d'évaluation de l'effort et des résultats, leur permettant de critiquer et d'amender leur politique, de prédire les résultats prévisibles, d'apprendre de leurs erreurs, etc. Les institutions, les services rendus et leur réussite, ne sont pas la propriété d'un individu unique. Ils restent au contraire orientés vers l'extérieur, vers le monde réel.


Le Mouvement se focalise sur le social, il dispose d'une autonomie importante pour définir les besoins individuels, la relation de médiation constante entre bien-être, santé et éducation, et entre individu, famille et communauté. Il développe une expérience quotidienne par ses différentes fonctions. Cela place l'action sur un continuum allant de la différence à l'innovation et le changement, jusqu'à la création de nouveaux domaines pour l'action positive et la culture. Il se peut que des groupes et des intérêts dominants aient négligé ces domaines, et les négligent encore, et qu'ils voient dans ces changements et ces innovations une menace pour le contrôle politique qu'ils exercent ou pour leurs intérêts, les considérant donc comme explicitement hostiles par nature.


Non, il ne s'est jamais tourné vers l'action directe, et n'a jamais menacé de le faire. Dans tous les domaines, le Mouvement a systématiquement rejeté l'emploi de la désobéissance civile et de tactiques d'action conflictuelle. Il a au contraire concentré ses énergies sur la mise en place d'entreprises et de coopératives nouvelles, d'agences pour le développement personnel, de formation continue et de stages. Il s'est révélé capable d'unifier et de mobiliser de grands nombres de gens venant d'horizons variés pour qu'ils travaillent sur des projets sociaux importants. C'est évident dans des secteurs comme l'éducation, le journalisme, la production télévisuelle, la radio, les coopératives, le secteur de l'hébergement (construction de maisons, de foyers et d'hôtels), les thérapies, les organisations d'aide et de soutien, la finance et la banque. Par conséquent, un des apports du Mouvement a été une modernisation de la société grâce au développement de secteurs d'activité innovants, avec un effectif remarquablement nombreux dans les services de communication, d'éducation et de santé.


Dans des actions et des réseaux conflictuels, l'action est engagée par des « cellules » simples et petites contre les règles qui régissent la reproduction sociale dans la vie quotidienne. Ces cellules ne cessent pas de produire des réseaux de relations sociales conflictuelles et un éventail de formes de résistance. Il existe naturellement en Turquie des formes d'une telle résistance populaire et idéologique, mais cette activité ou ce comportement sont absents dans le Mouvement Hizmet, si bien qu'on ne peut juger le Mouvement comme réactionnel.

Gülen affirme que les actions conflictuelles ou réactionnelles – ou les mouvements, quelle que soit leur puissance – ne peuvent réussir dans la poursuite de leurs buts, parce qu'il est impossible d'y maintenir l'équilibre et la modération. Les actions hostiles, conflictuelles et réactionnelles se révèlent au contraire très préjudiciables, car les gens deviennent extrémistes. Cet extrémisme est alors la cause de réactions fortes de l'autre partie. La violence provoque elle aussi à coup sûr des représailles. Ce qui est essentiel, ce qui est nécessaire, c'est l'action positive.


Le Mouvement Hizmet ne viole pas les limites du système afin de défendre l'ordre social, comme c'est le cas de mouvements d'opposition d'extrême-droite ou fascistes. Le Mouvement ne revendique pas, ne se bat pas, ne provoque pas de conflit contre quoi que ce soit au sein du système administratif ou politique de l'État.

Comme il n'est pas un combat ou une mobilisation pour produire, s'approprier et allouer les ressources de base de la société, et puisqu'il n'est pas engagé dans un conflit concernant les déséquilibres de pouvoir et les moyens et l'orientation de la production sociale, le Mouvement Hizmet n'est ni matérialiste ni antagoniste. Il ne conteste pas les règles partagées et les processus de représentation. Il ne conteste pas la façon dont les décisions normatives sont prises à travers les institutions démocratiques.

Le Mouvement Hizmet vise à contribuer à l'établissement d'un équilibre interne dans la société mondiale. Il vise à renforcer les échanges entre les différentes parties du système, et à s'assurer que les rôles soient assumés et respectés afin que la vie sociale, l'équité et la prospérité matérielle et non matérielle des individus soient maintenues et reproduites grâce à l'interaction, la communication, la collaboration et l'éducation. Ces relations permettent aux individus de donner du sens à eux-mêmes, à ce monde et à ses activités, et à ce qui est au-delà.

Le Mouvement n'a pas d'intérêt direct à un changement institutionnel ou à la modification de relations de pouvoir. Il vise plutôt à changer l'individu, les approches, les attitudes et les comportements. Les nombreuses formes de l'action communautaire bénévole et altruiste entreprise par les participants au Mouvement concernent la vie quotidienne et ont une orientation strictement culturelle, et non politique.


Les activités du Mouvement se situent dans le cadre des limites et des règles du système politique. Elles n'ont pas pour but de maximiser les avantages de l'acteur dans les décisions politiques. Peu importe dans quelle mesure leur vision du monde ou leurs services peuvent empiriquement affecter le système politique : elles ne menacent pas d'ignorer ou d'enfreindre les règles de ce système tel qu'il est, et elles ne transgressent pas ses limites institutionnelles.

Les services procurés par le Mouvement ne relèvent pas d'une compétition entre adversaires pour assurer le contrôle sur l'allocation de la production sociale. Ils ne sont pas un combat de déséquilibre du pouvoir entre positions sociales. Il faut au contraire analyser les efforts du Mouvement grâce à des catégories d'analyse autres que les catégories politiques, par exemple à partir de l'altruisme social collectif.

Plutôt que des ambitions politiques affichées, l'objectif de Gülen est d'inciter à une éthique que certains chercheurs en sciences sociales considèrent comme très proche de l'« ascétisme économique » de Max Weber, un piétisme militant accompagné d'une tendance à la rationalisation des relations sociales. Les chercheurs attribuent aussi la méfiance des groupes protectionnistes au sujet du Mouvement à des intérêts sous-jacents au pouvoir des protectionnistes.


Non. Le discours et les actions du Mouvement – ses enseignements et ses projets dans le cadre de la vie sociale et culturelle turque – ne violent aucune frontière procédurale ni institutionnelle. Ses services et ses organisations n'enfreignent pas les règles de la vie politique ou de la laïcité proclamée de la Turquie. Au contraire, Gülen a même été commémoré par une institution laïque de Turquie. Le message qu'il prêche est un message de tolérance, invitant à une forme non politisée de l'islam, capable de coexister pacifiquement avec un État turc fortement laïcisé.


Le « processus du 28 février » a été un défi sérieux pour l'unité et l'identité du Mouvement Hizmet en tant qu'acteur collectif, et pour la solidité de son adhésion à sa vision du monde. Le Mouvement a cependant été capable de réagir positivement et pacifiquement, et de préserver sa cohésion dans chacun des domaines où il procure ses services. Cette grave situation ne parvint pas à provoquer un éclatement ou une fragmentation du Mouvement Hizmet, ni à créer une brèche dans ses frontières extérieures.


Non. Ce qu'il y a de commun à tous les projets, services et institutions du Mouvement, c'est qu'ils se situent tous dans les limites de compatibilité du système au sens large. Ils ne sont pas orientés vers le conflit ou la violation des normes. Les institutions inspirées par Gülen n'entrent jamais en conflit avec l'État. Aucun des projets dans lesquels sont impliqués des participants au Mouvement Hizmet n'a jamais violé les règles de la société, ni essayé de changer les règles du jeu quel que soit le champ d'action concerné.

Le Mouvement Hizmet ne fait rien pour empêcher le système de maintenir un ensemble d'éléments et de relations qui identifient le système en tant que tel. Puisque les participants et leurs projets n'enfreignent pas les limites sociales, le système peut les reconnaître ou les tolérer sans rien changer à sa structure. En ce sens, le Mouvement Hizmet préconise le maintien de l'ordre existant. Il ne doit cependant pas son existence à un consensus sur les règles gouvernant le contrôle des ressources précieuses. L'objectif du Mouvement n'est pas de protéger le statu quo qui gère le contrôle des ressources précieuses, mais il ne résulte pas d'un défi lancé aux règles et procédures protégeant ce statu quo.

Le Mouvement Hizmet n'est pas marginal, car il ne doit pas son existence à une réaction contre le contrôle et la légitimité du système ou de ses normes établies. Il n'est pas la conséquence d'une assimilation inadéquate de certains individus par ces normes établies. En outre, le Mouvement Hizmet ne vise pas un adversaire social ou un ensemble de ressources ou de valeurs contestées. Au sein du Mouvement, les gens expriment leur désapprobation face à des actes ou à des traits de caractère comme l'immoralité, l'incroyance, l'injustice, l'incitation à l'hostilité ou à la violence et les déviations, mais la désapprobation ou la haine ne s'expriment pas vis-à-vis des gens qui s'y adonnent.


Non. Le potentiel d'innovation du Mouvement Hizmet n'est pas subversif. En se fondant sur les enseignements islamiques, Gülen encourage les gens à proposer des services qui ne s'opposent pas dans un certain cadre moral aux intérêts existant. Les services offerts ne cherchent pas à améliorer la position du Mouvement en tant qu'acteur, afin que cet acteur soit capable de surmonter les obstacles fonctionnels et de modifier les relations d'autorité.


Le comportement qu'ils décrivent dans cette expression n'exprime pas la contestation d'intérêts mais propose ce qu'on peut faire de mieux pour améliorer les conditions de la société et de l'humanité. Une telle compétition accepte les règles du jeu et est gérée par les droits auxquels les gens sont tenus de se conformer et par les intérêts qui opèrent au sein de l'ordre social existant. Une telle compétition est en effet différente des formes d'action de solidarité qui poussent au conflit au point d'enfreindre les règles du jeu ou les « limites de compatibilité » du système.

Les résultats des études menées par des organismes indépendants soutiennent cette idée par la reconnaissance et l'acceptation croissantes des services culturels et des institutions éducatives du Mouvement en Turquie et à l'étranger, et l'échec des procédures judiciaires lancées contre Gülen par l'élite protectionniste en Turquie.


L'adhésion ou la participation ne pousse en aucune manière les participants au Mouvement Hizmet à dépasser les limites du système au sens large. Quand ils cherchent à adhérer au Mouvement, les gens ne sont ni tenus, ni autorisés à défier les contraintes établies par la loi et par le grand public. Le Mouvement Hizmet ne s'est jamais situé dans l'illégalité jusqu'à ce jour.

C'est à travers des mécanismes de micro-relations (c'est-à-dire liens d'amitiés, de connaissances, de réseaux associatifs et de parenté) que les gens sont motivés à rejoindre le Mouvement. Ces mécanismes réduisent le coût de la participation et incitent les gens à se mobiliser sans violer la loi et sans comportements dangereux.


Le Mouvement Hizmet, en tant qu'acteur collectif, ne se replie pas sur lui-même et ne rompt pas ses relations avec les autres acteurs sociaux de la société. La stratégie ou le mode de relation du Mouvement Hizmet est donc l'adhésion libre et le plein engagement vis-à-vis de la société au sens large, à travers des institutions éducatives et culturelles et un travail communautaire, et non à travers l'isolement, l'aliénation et le repli sur soi.


La communication et l'interaction se font librement entre les gens, entre les réseaux et les SMO au sein du Mouvement. Le jugement collectif, la sensibilité et la légalité sont utilisés au maximum pour que les participants et les sympathisants du Mouvement, et ceux qui sont neutres vis-à-vis de lui, ne soient ni gênés ni contrariés. C'est un point considéré comme vital, surtout dans les services éducatifs internationaux. Cette attitude de coopération ne doit pas être considérée à tort comme une passivité ou un manque d'assurance.

En fait, grâce à la tolérance et à la patience, les participants sont capables de transformer un potentiel conflictuel en ressources productives pour et à travers les services qu'ils fournissent. Le Mouvement montre que les énergies transformatrices mentales, matérielles, morales et spirituelles peuvent être canalisées et devenir des outils de développement, sans dévier vers les conflits et la violence (ce qui, au passage, est la preuve d'une capacité à apprendre des expériences d'engagement politique d'autres acteurs collectifs, passés ou présents).


Gülen a expliqué : « La paix de ce village planétaire repose sur le respect de toutes ces différences, sur l'idée que ces différences font partie de notre nature et sur la certitude que les gens apprécient ces différences. Sinon, il est inévitable que le monde s'entredévore dans une imbrication de conflits, de disputes, de combats et de guerres très sanglantes, préparant ainsi sa propre fin. »

En toutes circonstances, Gülen et le Mouvement agissent sincèrement pour réduire l'agressivité dans le monde, adhérant à une maxime simple d'une valeur prépondérante : « La paix vaut mieux. » Gülen et le Mouvement prouvent incontestablement qu'ils promeuvent la paix, en Turquie comme à l'étranger, proposant aux musulmans une façon de vivre les valeurs islamiques au milieu des exigences complexes de la modernité. Ils proposent aux musulmans une voie, un modèle, pour s'engager dans un dialogue et une coopération permanents avec les gens appartenant à d'autres religions.


Le Mouvement Hizmet ne ressemble pas du tout à des organismes de solidarité exclusifs et idéologiques, disposant de ressources matérielles et intellectuelles limitées. Dans ces derniers, l'organisation se fonde sur des incitations symboliques – soit idéologiques, soit solidaires : de telles incitations se révèlent être des substituts importants au manque de ressources matérielles. De tels organismes risquent à tout moment d'employer des moyens violents et coercitifs. Cela devient encore plus vraisemblable quand la rigidité de leur modèle d'organisation et leur structure augmente.

Depuis maintenant une quarantaine d'années, l'action collective du Mouvement Hizmet n'a montré aucune tendance de cette nature, ni aucune tentation en ce sens. Si un individu quelconque adhérant au Mouvement s'est senti tenté par la violence en réaction à une provocation venant d'agents extérieurs, le Mouvement a réussi à gérer de telles pulsions. Le discours verbal et écrit du Mouvement a été et est toujours à la disposition de tous, et on n'y trouve aucune trace d'excuse ou d'incitation à la perturbation, encore moins à la violence.


Le Mouvement reste parfaitement à l'abri d'affirmation rituelle ou sacralisée de principes idéologiques ou de personnalités marquantes. Cela évite la radicalisation de l'image de l'action, au-delà de ce qu'elle signifie et contient concrètement. Les réseaux de projet ou les SMO du Mouvement ne sont pas des sous-groupes conflictuels. Ils ne sont pas passifs face aux besoins importants de l'arène sociale ou politique, à l'intérieur comme à l'extérieur de la Turquie. En outre, aucun réseau ni SMO n'a rompu avec le Mouvement après avoir dévié, et on n'y trouve aucun leader opportuniste. Rien n'indique que cela puisse se produire. Toutes ces caractéristiques évitent au Mouvement Hizmet de se transformer en une organisation sectaire, fondamentaliste et réactionnaire, et d'éclater en factions rivales.

Les participants au Mouvement Hizmet se mobilisent au contraire pour une action ou pour un mouvement non conflictuel et pacifique. Les individus, à travers le Mouvement, deviennent de plus en plus attentifs aux crises qui affectent leur société et l'humanité.


Le Mouvement Hizmet est inspiré par la religion mais ne se limite pas à la religion. On ne peut pas dire qu'il soit marginalisé, aliéné ou anachronique, car il est activement engagé en Turquie et ailleurs dans le monde. Il noue avec succès des relations serrées à travers le dialogue et des projets communs avec des individus et des institutions partageant les mêmes idées, et venant d'horizons religieux et culturels différents. En ce sens, il est un mouvement totalement tourné vers l'avenir qui se préoccupe d'apporter sa contribution à la société mondiale.


C'est exactement le contraire. Ce que Gülen a initialisé et l'action du Mouvement Hizmet peuvent conduire à une dissuasion beaucoup plus saine contre le fondamentalisme religieux que tout ce que l'État a imaginé en termes de dissuasion. La porte que Gülen a ouverte peut offrir aux gens ordinaires une opportunité de vivre l'islam paisiblement, dans le cadre de leur propre identité individuelle et collective. Pour permettre aux gens de pratiquer leur croyance et garantir en même temps la paix et la tolérance au milieu de la diversité et du pluralisme dans les sociétés complexes, la foi et la religion doivent être protégées par des penseurs contemporains pacifiques et des institutions salutaires. Les rencontres de dialogue et de réconciliation initialisées par Gülen, et leurs résultats positifs, ont montré à beaucoup de gens la nécessité de multiplier les rencontres et les ont convaincus de coopérer pour une meilleure compréhension mutuelle.


Non. Le Mouvement Hizmet est un mouvement proposant des services constructifs, né des efforts et projets civiques où la moralité et l'éthique islamiques relèvent les défis mondiaux du développement. Le Mouvement promeut la moralité et l'éthique de service qui visent à s'associer aux besoins, aux développements et aux institutions sociopolitiques du monde contemporain, et non à les combattre. Dans un mouvement ouvert à la société civile, comme le Mouvement Hizmet, les initiatives doivent conduire à réformer et à améliorer les processus de prise de décision locaux et nationaux, et les standards de démocratie et de justice sociale.


Non. Bien que les valeurs qu'expriment Gülen et le Mouvement Hizmet soient traditionnelles, les activités du Mouvement, comme le montrent ses résultats constants, conduisent de façon régulière et fiable à une innovation modernisatrice, à une répartition plus équilibrée des chances et à des services sociaux efficaces. L'ampleur et la qualité professionnelle des services gérés par les participants au Mouvement, ont été largement reconnues à l'extérieur comme à l'intérieur de la Turquie. Leurs réussites administratives et opérationnelles ont été obtenues dans des environnements extrêmement concurrentiels, et se prolongent depuis trente ans.

L'éducation laïque réussie que dispensent les institutions secondaires et supérieures inspirées par Gülen, et l'approche de l'éthique de service associée aux valeurs morales universelles enracinées dans l'islam, combinées à la formation culturelle et professionnelle acquise à la fois en recevant et en dispensant une éducation moderne, ont conduit à une mobilité sociale, horizontale et verticale, prononcée en Turquie. Bref, elles ont contribué à la modernisation de la société – ce que les groupes protectionnistes liés aux intérêts particuliers, au sein du pouvoir établi en Turquie, ne pouvaient pas prévoir. C'est un résultat contraire à leurs hypothèses (et à leurs préjugés) concernant une mobilisation qui s'efforce de faire un usage intelligent et enrichissant des ressources humaines et culturelles des pays et de l'histoire des peuples turcs.

Cependant, les résultats positifs des activités du Mouvement Hizmet ne peuvent se prolonger qu'aussi longtemps que l'État n'impose pas à la société dans son ensemble une approche centralisée bureaucratique. Une telle approche multiplie les contrôles arbitraires (par exemple des rafles dans les SMO de la société civile effectuées par des militaires sans autorisation légale), bloquent les processus participatifs et entravent les droits démocratiques dont ces processus sont l'expression, tout en renforçant les mécanismes protectionnistes et les valeurs exclusivistes qui rendent la société de moins en moins « ouverte ».


La modernité a contraint les gens et les groupes à un état anxiogène de changement rapide et d'incertitude. Elle a radicalement purgé et vidé la vie des gens des fonctions symboliques qui avaient l'habitude de permettre l'expression sociale, l'imagination et les aspirations à une intégration réussie dans le tissu social. Le travail de Gülen est précisément centré sur cette intégration ou cette réintégration, et il assume la tâche de colmater les brèches et de refaire l'unité du monde. Il enseigne les aspects à la fois théoriques et pratiques de la façon de devenir un être humain accompli, d'éduquer son mental, son cœur et son esprit afin de mener une vie comblée et d'être soi-même, tout en vivant avec et pour les autres. Gülen donne du sens à la situation moderne grâce à un mélange de pensée conservatrice et de tolérance libérale qui incite les gens à adopter de nouvelles manières de nommer, de définir et de percevoir la réalité. Sa pensée vise à fonder la civilisation sur la modestie individuelle, le conservatisme social et l'islam. Il donne des exemples de peuples modestes et tolérants qui n'ont pas perdu leur lien avec Dieu, ainsi que des exemples de gens qui ont été rongés par les excès de la modernité et la disparition de la tradition.


La Turquie est un pays où l'État-nation n'a pas jusqu'à ce jour été capable d'intégrer pleinement ses citoyens ni de satisfaire les exigences de la société dans son ensemble. Pour différentes raisons – pauvreté, éducation, différences ethniques ou religieuses –, de larges pans de la population vivent toujours à l'écart des institutions de l'État-nation. Cette situation est souvent compensée par les liens ethniques, de proximité et/ou familiaux.

Outre de tels liens familiaux ou ethniques, existent d'autres réseaux relationnels à travers lesquels le Mouvement Hizmet agit pour s'opposer à l'isolement, tels que les rencontres hebdomadaires de voisinage, les associations professionnelles, les associations de parents d'élèves, les œuvres de charité, etc. Les valeurs opérationnelles du Mouvement comme la consultation et la prise de décision collective, la propriété collective et le sens de la communauté évitent aussi l'isolement qu'apporte la modernité. En interprétant et affrontant les problèmes de la modernité, le Mouvement aide à formuler des solutions au niveau de l'autonomie individuelle, ce qui peut préparer au développement et à l'intégration de la personne dans l'État-nation moderne et dans la vie au 21e siècle.


Par rapport à la mobilisation et au combat fondés sur des intérêts réactionnaires, politiques et hostiles, le Mouvement Hizmet se distingue par sa forme stable de réseaux de service. Il s'insère étroitement dans les besoins de la vie quotidienne, et s'identifie avec la vaste communauté qu'il sert. Cela a transformé un potentiel latent en action collective visible. Les réseaux du Mouvement dans la société civile se sont révélés médiateurs et facilitateurs du processus civilisationnel, plutôt que bloquants et retardateurs. Ils aident à trouver des solutions aux problèmes nés de la modernité et concernant l'autonomie individuelle. Cela permet le développement et l'intégration de l'individu dans l'État-nation moderne, et aide la société au sens large à s'adapter à la société complexe et industrialisée qui se développe dans la modernité.


Le Mouvement propose à la société dans son ensemble de nouveaux modèles culturels, organisationnels et relationnels. Il enseigne aux individus à faire usage de leurs droits constitutionnels pour contribuer à la société et la servir de façon positive. En termes généraux, la meilleure façon de décrire le Mouvement Hizmet est de dire qu'il est « une forme d'altruisme social collectif, ayant un but, né de la société civile ». Les services à but non lucratif sont sources de diversité et d'innovation, et fournissent à la fois au peuple et au législateur des moyens, des options, des modèles et des solutions pour combattre les problèmes sociaux.


La réputation du Mouvement Hizmet revient en partie au succès des services collectifs fournis par des institutions et des SMO en dehors de la Turquie. Ses projets internationaux et multilatéraux ont entraîné une reconnaissance importante et une coopération de la part de sources étrangères. Ce succès explique pour une part la mobilisation contre le Mouvement en Turquie.

Les organisations commerciales, éducatives et interreligieuses, opérant à travers les frontières économiques, politiques et culturelles travaillent dans le cadre d'une logique commune fondée sur la connaissance, les compétences et les valeurs éthiques partagées. Le cœur du Mouvement est une mobilisation éducative qui se préoccupe du temps, de l'espace, des relations entre les gens, de l'ego, et de la structure affective profonde du comportement de l'individu. Sa logique ne révèle donc aucun changement, ni en Turquie ni ailleurs.

Les projets et les réseaux de service du Mouvement Hizmet réussissent à ouvrir des possibilités de solutions nouvelles en rassemblant les gens pour qu'ils parlent de questions vitales pour leurs communautés. De cette façon, le Mouvement aide à produire des idées et des solutions sur des questions et des préoccupations communes. Il travaille donc à mettre en contact les acteurs responsables de ces questions clés, ou plus précisément de leur solution. Cela conduit aussi à la compréhension mutuelle des différences, et à des façons d'agir avec ces différences de façon positive, constructive et pacifique. Ainsi se prépare le terrain pour une action complémentaire et pour une collaboration dans le respect mutuel pour une situation meilleure dans un monde mondialisé.


Dans ses discours comme dans ses écrits, Gülen réfute les prétentions islamistes à une plateforme politique islamique : « L'islam ne propose pas une forme de gouvernement immuable ou une tentative pour la façonner. Au contraire, l'islam affirme des principes fondamentaux qui orientent le caractère général d'un gouvernement, laissant au peuple le soin de choisir le type ou la forme de gouvernement, selon le moment et les circonstances. »

Le rejet de l'islamisme par Gülen ne découle pas de simples considérations stratégiques ni même de préférences personnelles. Il est au contraire fondé sur l'argument que les prétentions des islamistes à avoir trouvé une guidance politique dans l'Écriture représentent une vulgaire incompréhension de la nature du Coran, qui déforme dangereusement l'approche qu'en ont les croyants. Selon Gülen, « un tel livre ne doit pas être réduit au rang de discours politique, et ne doit être considéré comme traitant de théories politiques ou de formes de l'État. Considérer le Coran comme un instrument de discours politique, c'est manquer gravement de respect au Livre Sacré et empêcher les gens de tirer profit de cette source profonde de grâce divine. »

En outre, Gülen rejette le caractère idéologique totalisant de la pensée politique islamique et du militantisme islamiste comme étant totalement étranger à l'esprit de l'islam. L'islam plaide pour l'application de la loi et condamne explicitement toute oppression d'une partie de la société. Pour Gülen la démocratie et l'islam sont parfaitement compatibles, l'islam n'impose aucune forme particulière de gouvernance, et surtout pas la règle arbitraire, et le message vital du Coran est que les musulmans doivent assumer la responsabilité de leur propre société. Il enseigne que l'islam promeut le militantisme afin d'améliorer la société conformément au point de vue de la majorité. Ce militantisme est complémentaire de la démocratie, et non opposé à elle : « Cette compréhension de l'islam peut jouer un rôle important dans le monde musulman en enrichissant des formes locales de démocratie et en l'étendant de façon à aider les êtres humains à développer une compréhension de la relation entre les mondes matériel et spirituel. Je pense que l'islam enrichira lui aussi la démocratie en satisfaisant les besoins profonds des êtres humains, par exemple la satisfaction spirituelle que seul le rappel de l'Éternel peut leur procurer. »

En outre, Gülen critique l'instrumentalisation de la religion à des fins politiques, et ne participe pas directement à la politique des partis, car le monde moderne existe dans une pluralité d'expériences plutôt que dans une supposée homogénéité de la vérité. Il est opposé à ceux qui ont créé une image négative de l'islam en réduisant l'islam au rang d'une idéologie. À travers ses mots et ses actes, il souligne la distinction entre l'islam, qui est une religion, et l'islamisme, qui est une idéologie politique profondément radicale qui cherche à remplacer les états et les structures politiques existants, par la révolution ou en faisant évoluer les choses. Il s'oppose à l'emploi de l'islam en tant qu'idéologie politique et philosophie de parti, et à la polarisation de la société entre croyants et incroyants. Il appelle ceux qui croient et pensent différemment à se respecter et à se tolérer mutuellement, et à soutenir la paix et la réconciliation.


Non. Gülen ne se contente pas de rejeter l'idéologie islamiste. Il a publiquement expliqué, par écrit et à la radio, que lui et les musulmans turcs, comme tous les sunnites, ne tolèrent pas ce concept de subterfuge, qui sépare la foi de la pratique, et n'y sont pas favorables.

Accuser de subterfuge la dynamique socioculturelle et spirituelle du Mouvement est une réduction excessive et grossière. Une telle accusation est contradictoire avec la conscience et la compréhension claire d'un nombre croissant de partisans du Mouvement (se chiffrant aujourd'hui par millions), très rigoureux dans leur critique de la situation des pays où les groupes islamistes admettent l'emploi de la tactique de la tromperie.

Il y a de bonnes raisons de penser que Gülen n'est pas secrètement un islamiste et qu'il rejette l'épistémologie islamiste. Par exemple, avant et après le 11 septembre 2001, Gülen a fait preuve de leadership intellectuel et moral, il a condamné toute forme de terrorisme dans des déclarations publiques courageuses et sans équivoque, et a expliqué de façon détaillée des questions y étant liées et pertinentes. Il a affirmé que les principes fondamentaux de la religion sont totalement en désaccord avec les interprétations politiques et idéologiques qui sous-tendent et motivent les actes de terrorisme, que ces principes fondamentaux doivent être enseignés aux musulmans et aux autres peuples dans le système éducatif, que les administrateurs, intellectuels, savants et chefs de la communauté ont la responsabilité d'essayer d'identifier les initiateurs et les facteurs motivants qui se cachent derrière les activités terroristes, qu'il existe des organisations internationales qui, ouvertement ou secrètement, ont concentré leurs efforts sur la destruction et répandu la peur dans la société.


Politiser la religion est toujours une entreprise réductrice qui transforme la relation mystérieuse entre l'humanité et le divin en idéologie. Gülen dit : « La religion établit le contact entre l'être humain et son Créateur. Le sentiment religieux vit dans les profondeurs du cœur … Si vous en faites un étalage de formes, vous l'anéantirez. Politiser la religion portera préjudice à la religion avant de porter préjudice au fonctionnement du gouvernement. » Il a dit également : « La religion s'intéresse avant tout aux aspects immuables de la vie et de l'existence, alors que les systèmes politiques, sociaux et économiques et les idéologies ne se préoccupent que de certains aspects changeants de notre vie matérielle. »

Être attentif à ne pas politiser la religion ne signifie pas que les gens de religion doivent être indifférents à ce qui se passe dans la sphère publique ou à l'injustice politique ou économique. Gülen ne prétend pas que les gens de religion et de spiritualité doivent rester hors du champ politique ou cesser de se préoccuper de politique. Une telle recommandation ne serait rien de mieux que du quiétisme et équivaudrait à abandonner ses responsabilités et obligations de citoyen et de participant à la vie sociale. L'engagement et l'action politique ne sont pas la même chose que le sectarisme et la loyauté partisane. La religion peut et doit parler ouvertement de questions politiques qui concernent la dignité et le bien-être humains, la gestion de l'environnement, la justice sociale et la paix. Les gens réellement religieux, qui s'impliquent dans leur cité de façon responsable, ne sont pas des votants au cas par cas, fidèles à un seul parti. Ils ne s'engagent pas pour diviser mais pour construire la communauté et la société.

Pour Gülen, la religion est bien au-dessus de la politique. Il la voit comme une source de morale et d'éthique, en rapport avec une politique responsable, et non en conflit avec elle. Il ne veut pas que la religion devienne un outil pour la politique, parce que lorsque la politique échoue et va de travers, les gens pourrait accuser la religion. Il ne veut pas que les aspirations politiques souillent la religion ni que sa corruption potentielle la dégrade.


Dans ses nombreux livres et articles, Gülen critique directement la pensée politique islamiste et argumente en faveur de la démocratie, de la modernisation et de la consolidation des institutions démocratiques afin de construire une société où les droits des individus sont respectés et protégés. Il explique soigneusement sa position, selon laquelle certaines formes de démocratie sont préférables à d'autres, et il est prudemment optimiste sur son développement : « La démocratie s'est développée progressivement. De même qu'elle a franchi de nombreuses étapes, elle continuera à évoluer et à s'améliorer. Le long du chemin, elle se transformera en un système plus humain et plus juste, fondé sur la droiture et la réalité. Si les êtres humains sont considérés comme un tout, c'est-à-dire si on ne néglige pas la dimension spirituelle de leur existence et leurs besoins spirituels, et si on n'oublie pas que la vie humaine ne se limite pas à la vie mortelle et que tous les gens ont une irrésistible envie d'éternité, la démocratie pourra atteindre les sommets de la perfection et apporter encore plus de bonheur à l'humanité. Les principes islamiques d'égalité, de tolérance et de justice peuvent l'aider à le faire. »


Gülen a toujours été favorable aux institutions démocratiques, aux élections et aux autres principes qui sont aujourd'hui au cœur de la démocratie libérale. Il affirme que le Coran s'adresse à l'ensemble de la communauté et lui assigne tous les devoirs qui sont confiés aux systèmes démocratiques modernes. Il dit que les gens doivent coopérer en partageant leurs obligations et en établissant les fondements nécessaires pour s'en acquitter, et que le gouvernement est composé de tous ces éléments fondamentaux. Il dit : « L'islam recommande un gouvernement fondé sur un contrat social. Les gens élisent les dirigeants et forment une assemblée pour débattre de questions communes. La société dans son ensemble participe également au contrôle de l'administration. »


Au lieu de laisser la Turquie rester une société fermée, Gülen a depuis longtemps soutenu les initiatives en faveur d'une société démocratique, pluraliste et libérale. Il affirme que, dans cette perspective, le rôle de la morale individuelle est primordial pour construire, renforcer et préserver un ordre politique juste. Dans cette même idée, il a soutenu les liens avec l'Occident – arguant du fait que la société turque avait beaucoup à y gagner des réussites de la connaissance rationnelle – alors que beaucoup de gens, à la fois dans les cercles religieux et dans l'élite laïque au pouvoir, s'opposaient à un tel rapprochement. Gülen fut parmi les premiers et les plus puissants soutiens à une adhésion et une intégration pleines et entières à l'Union Européenne, même si certains groupes politiques islamistes critiquaient ses remarques et s'opposaient à une telle adhésion. Pour eux, l'Union Européenne était un club chrétien et une menace pour l'identité nationale musulmane de la Turquie.

Gülen réussit peu à peu à faire changer la mentalité et l'attitude de l'opinion publique en Turquie. Il défendit l'idée que la démocratie et la tolérance étaient le meilleur moyen de gouverner et soutint que l'adhésion à l'Union Européenne était le meilleur moyen de parvenir à la prospérité économique. En outre, il a souligné le besoin de paix, de tolérance et de dialogue avec les minorités ethno-religieuses au sein de la communauté turque, et entre nations, comme faisant partie intégrante de l'islam et de l'islamité turque.


Gülen demande aux gens de prendre soin de respecter les valeurs et l'autorité représentées par l'État et les organisations étatiques. Il s'est exprimé contre ceux qui provoquent le chaos, la tension sociétale et la violence, en Turquie comme partout ailleurs. Il prétend que, quand les gens parlent de politiciens à la réputation ternie, de la politique de partis dépravés et de corruption, ils doivent faire extrêmement attention à ne pas publiquement manquer de respect à une quelconque administration de l'État.

Gülen est conscient des risques que présente pour une population, une nation ou une région un État faible ou défaillant. C'est pourquoi il met en garde contre les mouvements et les activités anarchistes destructeurs de l'atmosphère de paix, du libre échange des idées, et du régime et de la primauté de la loi et de la justice : « J'ai toujours précisé que ‘même le pire des États vaut mieux que pas d'État du tout'. Chaque fois que j'ai exprimé mon opinion, par exemple en disant que ‘l'État est nécessaire, et ne doit pas être affaibli', je n'ai jamais sacralisé l'État comme certains l'ont fait. Cette préférence est pour moi une nécessité car en l'absence d'État, on ne saurait éviter l'anarchie, le chaos, et le désordre. Il n'y aurait alors aucun respect pour les idées, et la liberté religieuse et nos consciences seraient violées. La justice serait inconcevable. Dans le passé, il est des époques où notre nation a souffert de l'absence d'État. C'est pourquoi je considère le soutien à l'État comme un devoir de citoyenneté. »


Gülen appelle à la démocratisation, à la liberté, à l'équité, à la justice, au respect des droits de l'homme et à la suprématie de la loi comme fondements essentiels de la règle du jeu de la relation entre État et société. Cet appel s'est symboliquement attaqué au rôle privilégié et aux intérêts particuliers de l'élite protectionniste en Turquie. Il a produit un changement qui a fait de la société civile et de la culture les nouveaux points de référence à la place des partis politiques, des conceptions et des attitudes du peuple turc. Par conséquent, bien que n'étant pas un homme politique, il a influencé les consciences individuelles d'une telle façon qu'elle aura une incidence sur l'avenir de la démocratie turque.


Selon Gülen, il est possible grâce à la démocratisation de la Turquie de mener de front l'industrialisation, le développement économique et la participation indépendante au système mondialisé. Il pense que la démocratie et le développement sont interdépendants et d'égale importance, mais que la démocratie passe avant le développement.

Il travaille au développement d'une société qui serait débarrassée de la faim, de la pauvreté, des inégalités criantes et de l'absence de droits civiques. On ne peut y parvenir que si, parallèlement au développement économique, la société garantit des formes améliorées de participation civile autant que politique, des droits égaux, et le respect de la liberté civile et culturelle. Il ne veut pas que le changement conduise à une moindre participation et à un isolement plus profond au sein de l'actuel système mondialisé. Sans la démocratie, le Turquie ne peut en aucune façon concevoir de se développer. Selon Gülen, les efforts pour transformer les institutions et les conceptions établies en Turquie doivent passer par l'éducation, les relations interpersonnelles, la collaboration et le consensus sans avoir recours à une fin et à des moyens violents et coercitifs.


Gülen encourage les efforts non conflictuels pour servir sa communauté, sa nation et le monde entier. Il demande aux gens de persévérer sans remettre en question ces efforts positifs, malgré des conditions particulièrement difficiles ou des situations hostiles. Il soutient que cela permet à la Turquie de participer au système mondialisé, non pas dans une position de simple dépendance mais avec une certaine capacité à exercer une influence et à s'engager dans le dialogue et la négociation. Dans le même esprit, il y voit aussi une condition pour qu'elle apporte sa contribution à la démocratie à l'échelle mondiale.

Selon Gülen, le processus de démocratisation peut ainsi attirer l'attention sur les faiblesses et les insuffisances des initiatives politiques face aux problèmes et aux préoccupations que nous affrontons aujourd'hui. C'est donc une des fonctions des mouvements sociétaux de porter ces questions à l'attention du public en diffusant les informations sur leurs formes originales, les projets alternatifs et les services altruistes. Gülen pense que les activités culturelles et les formes d'action non violentes peuvent parfois, à condition de trouver les bons canaux, parvenir à toucher le monde et à changer les choses. Il affirme qu'aujourd'hui un tel changement positif ne peut être que partiel et prendre une forme irrégulière.


La Turquie moderne occupe une position unique dans le monde islamique pour son approche agressive et totalisante de la laïcité et de la laïcisation. Comme beaucoup en Turquie, le Mouvement Hizmet est profondément critique devant le caractère positiviste, les contraintes non démocratiques, et l'application et les pratiques inégalitaires de la laïcité militante turque. Mais c'est un contresens majeur d'en conclure qu'il est opposé à la laïcité et à la démocratie. En effet, le Mouvement Hizmet est précisément le type de mouvement qui offre à la Turquie le meilleur espoir de réconcilier islam, modernisation et démocratie laïque et libérale.

La mobilisation collective du Mouvement continue aujourd'hui car l'acteur a réussi à réaliser – et continue à réaliser – une intégration ou une harmonisation modérée entre de nombreuses exigences différentes. Aussi longtemps que la laïcité sera comprise et pratiquée de la meilleure des façons, ou au moins telle qu'elle l'est dans la plupart des démocraties industrialisées dans le monde, la majorité de la population turque, y compris les acteurs et les sympathisants du Mouvement Hizmet, continueront à la soutenir.


Un des problèmes auxquels l'humanité est confrontée au niveau mondial est la manière dont nous pouvons coexister et partager des buts communs tout en respectant des différences indélébiles. Pour pouvoir agir collectivement, à un moment donné, il faut définir le concept de « nous ». Il est cependant vraisemblable que cette définition ne puisse être déterminée une fois pour toutes, et qu'il faille se mettre d'accord sur ce sujet encore et encore, dans une négociation continuelle.

Les projets en cours du Mouvement, le nombre toujours croissant d'institutions éducatives, les centres culturels et de dialogue et les organisations non gouvernementales à but non lucratif sont tous des initiatives civiques importantes constitutives de cette négociation continuelle.


Le Mouvement contribue à l'avènement des conditions nécessaires à une démocratie pluraliste efficace, à travers des réseaux formels et informels telles que conférences, plateformes, relations de voisinage relationnelles et associationnelles et organes de presse. La majorité des médias turcs soutient les initiatives du Mouvement, quelle que soit leur origine, et presque tous les dirigeants et les intellectuels de l'État et de la politique ont exprimé leur approbation et leur agrément. Tous indiquent la contribution du Mouvement à une société pluraliste et à la démocratie.


Sa contribution est reconnue par beaucoup d'acteurs sociaux en Turquie, mais pas par tous.

L'approche et les actions du Mouvement mettent un accent particulier sur le fait qu'il est au service du bien commun, et non d'une cause privée. Le Mouvement Hizmet affirme son appartenance à une culture partagée de la société, et son acceptation de la diversité politique et culturelle de la Turquie. Il ne nie pas les autres identités. Il refuse le discours de confrontation et l'action belliqueuse, qu'elle soit licite ou illicite. En échange, il est largement reconnu comme menant une existence fructueuse et apportant sa contribution à des démocraties laïques et religieusement plurielles.

Cependant, l'élite protectionniste de Turquie ne voit pas dans le Mouvement autre chose que « la rivalité ». Cette réaction hostile limite les possibilités de relations positives et fructueuses. Elle dénote un échec de l'imagination politique (et aussi morale), et une tendance à ne concevoir la différence qu'en termes de conflit. Ce qui est préjudiciable dans cette attitude, c'est la tendance du conflit – qu'il s'agisse de ressources matérielles ou symboliques – à transgresser les « règles d'engagement » partagées du système.


Non. Le fait que, en tant qu'initiative profondément civique et autonome, le Mouvement se situe totalement en dehors des canaux habituels de représentation politique – parti, gouvernement, État, etc. – ne signifie pas qu'il serait par voie de conséquence, hostile au système politique, gouvernemental ou démocratique.

La gestion de ses institutions éducatives et culturelles, qui est à finalité non lucrative, distingue nettement le Mouvement des acteurs politiques et des institutions étatiques formelles. Leur forme d'action collective n'est pas en concurrence pour obtenir un espace à côté ou au sein des institutions étatiques ou gouvernementales. Elles s'occupent individuellement des êtres humains, dans l'espace public, à travers des organismes civiques indépendants et légalement constitués.

L'origine, la source et la cible du Mouvement Hizmet, c'est l'être humain dans la sphère privée. L'approche du Mouvement va du bas vers le haut, transformant les individus grâce à l'éducation pour consolider une société pacifique, harmonieuse et inclusive produite par une sphère publique éclairée. Ce n'est pas l'approche du haut vers le bas, caractéristique des institutions étatiques ou gouvernementales.

C'est le reflet de la justification par Gülen de la primauté de l'éducation dans les engagements du Mouvement : « la solution de tout problème qui se pose dépend en fin de compte des êtres humains, l'éducation est le moyen le plus efficace, que notre système social et politique soit paralysé ou qu'il fonctionne comme une horloge. »


Le Mouvement dote les gens de ressources cognitives, sociales, culturelles et matérielles pour construire leur présent et leur futur. Il les dote également d'un langage pour concevoir leur expérience, dans toutes ses dimensions. Les codes de comportement et les services dans le Mouvement permettent aux gens de donner du sens à leurs actes et d'assurer une médiation entre une pluralité de demandes et de communautés en concurrence. Le Mouvement ne tente pas de réduire ou de supprimer toutes les particularités et les différences irréductibles entre les gens et les systèmes sociaux à travers son action. Il vise à éduquer les gens pour qu'ils respectent ces différences et en tirent profit.


Bien que Gülen ait clairement exposé et démontré qu'il n'a pas de projet politique, qu'il est opposé à l'instrumentalisation de la religion en politique et qu'il met l'accent sur l'individu, l'élite protectionniste continue à accuser Gülen et le Mouvement, dans une sorte de rituel, d'être « une menace pour l'État ». Greg Barton, chercheur australien, commente cette situation : « Ceux qui le critiquent, qui sont pour la plupart familiers de ses écrits et de ses idées, voient en lui le promoteur d'un islam différent de celui que reconnaît et approuve l'État. Cette façon de voir est largement fondée sur une interprétation fausse. En fait, Gülen plaide moins en faveur d'une forme d'islam différente qu'en faveur d'un islam qui pénètre plus profondément la vie des gens et les transforme pour qu'ils deviennent non seulement de meilleurs croyants mais surtout de meilleurs citoyens. »


La société civile est un lieu d'amitiés et d'associations. Elle procure aux citoyens des occasions d'apprendre les habitudes démocratiques de libre association, de dialogue non coercitif et d'initiative socio-économique. Elle couvre un large spectre d'organisations essentiellement privées, autrement dit en dehors des structures gouvernementales institutionnelles. On y trouve des associations de bénévoles extérieures à l'État.

Ces raisons expliquent que le Mouvement Hizmet soit aujourd'hui décrit comme une initiative civique ou un mouvement civil qui a commencé avec des projets de service d'origine religieuse, non compétitifs, culturels et éducatifs. Ce n'est pas un organisme gouvernemental ou financé par l'État. C'est une action apolitique, sociale et altruiste. Il est centré sur la personne, sur le changement de la personne et sur l'éducation de la personne. Une partie de cette éducation s'attache aussi à faire prendre conscience de ce que sont la légalité, la législation, les droits de l'homme et les droits de chacun garantis constitutionnellement. Le Mouvement travaille donc pour consolider une démocratie participative pluraliste et l'égalité des droits.

Les SMO et les institutions au sein du Mouvement Hizmet sont des initiatives civiques également différentes des organisations professionnelles. Ce ne sont pas en premier lieu des entreprises commerciales constituées pour distribuer des profits à leurs dirigeants ou à leurs propriétaires. Contrairement à d'autres institutions privées, elles sont constituées pour servir le grand public et non pour produire des profits pour ceux qui y sont engagés. Elles sont autogérées et les gens sont libres de les rejoindre ou de les soutenir bénévolement. Elles incarnent un engagement en faveur de la liberté et de l'initiative individuelle. Elles insistent sur la solidarité en faveur de projets de service et d'un altruisme organisé sur une base collective. Elles encouragent les gens et leur permettent de faire pleinement usage de leurs droits que la loi leur donne en tant que citoyens pour agir de leur propre autorité afin d'améliorer la qualité de leur propre vie et de la vie des autres en général. Elles incarnent l'idée que les gens ont des responsabilités non seulement vis-à-vis d'eux-mêmes mais aussi vis-à-vis de la communauté à laquelle ils appartiennent.

Dans le cadre de la légalité telle qu'elle est, le Mouvement associe une structure privée et une finalité publique fournissant à la société des institutions privées au service de missions de nature essentiellement publique. Les liens que ces institutions entretiennent avec un grand nombre de citoyens, et leurs réseaux d'appartenance et professionnels au sein de la société civile, développent la flexibilité du Mouvement et sa capacité à encourager et à canaliser des initiatives privées à l'appui de missions éducatives publiques et des services philanthropiques.


Le Mouvement Hizmet a une orientation altruiste, sociale, constructive et collective. Sociale parce que les interactions sont construites sur des relations sociales individualisées définies par l'interdépendance et les conceptions communes qui relient les gens entre eux. Altruiste parce que les participants ne nourrissent pas d'ambitions personnelles, matérielles et politiques. Constructive parce que les individus et les groupes agissent collectivement pour construire des institutions au moyen d'investissements organisés. Et collective parce que les gens définissent le champ des possibilités et ses limites en termes cognitifs et affectifs, et qu'en même temps ils mettent en œuvre leurs ressources et leurs relations pour créer des conceptions et des services à partir d'un comportement commun, et qu'ils se reconnaissent mutuellement.


Chaque fois que l'action collective du Mouvement Hizmet s'occupe de questions sociales essentielles, il redéfinit l'espace public. Ce processus affecte la vie politique, la vie quotidienne, les modes mentaux et les relations interpersonnelles. Le Mouvement Hizmet, en tant qu'action collective culturelle, inverse symboliquement la dénomination et la façon d'interpréter notre réalité et notre expérience qui sont imposées à la société par les intérêts protectionnistes dominants, et il révèle ainsi le caractère arbitraire de cette dénomination et de cette interprétation. Il interprète et restructure la réalité à partir de différentes perspectives, conduisant à l'effritement du pouvoir que possède la minorité d'interpréter la réalité à la place de quiconque, d'une façon blessante et opprimante pour ceux qui n'appartiennent pas à cette élite.

Cependant, dès que le Mouvement Hizmet soulève un nouveau sujet dans la sphère publique, il atteint des limites nouvelles. Les mécanismes du système politique deviennent sélectifs, et excluent ou suppriment certains des éléments dynamiques liés au sujet.

On a cependant observé des changements d'attitude porteurs d'espoir, à la fois dans l'arène politique et parmi le grand public en général. Par exemple, comme le Mouvement acquérait de l'influence grâce à la visibilité de ses actions et de ses plateformes, il s'est produit un changement dans la perception que les gens ont de l'islam. Auparavant, des efforts avaient contribué à propager et à manipuler des images négatives de l'islam au service d'intérêts à court terme. Pourtant, grâce à l'action du Mouvement Hizmet, ces images se sont peu à peu transformées.


Alors que l'origine du Mouvement et ses services proviennent d'une initiative religieuse fondée sur la société civile, son discours et sa pratique expriment l'idée que la religion et l'État sont et peuvent être séparés dans l'islam, et que cela ne met pas la religion en danger mais la protège de toute exploitation, et peut même les renforcer, elle et ses fidèles.


Le Mouvement aide les gens à développer leur potentiel d'autonomie et d'accomplissement de soi à travers un cercle vertueux de mobilité et d'échange (d'informations, d'idées et de personnels) entre dirigeant et dirigé. Il y a entre eux une relation faite de vigilance mutuelle soutenue, de bonne foi mutuelle et de patience. Ils sont prêts, dans le cas de difficulté inhabituelle, à s'accorder mutuellement le bénéfice du doute.

Le Mouvement Hizmet essaie de procurer cette autonomie personnelle en même temps qu'une intégration harmonieuse de la complexité et de la multiplicité. Ainsi, il aide à éviter l'exclusion, la marginalisation, et l'éclatement de la société en groupes d'intérêts hostiles, fonctionnant tous dans un climat de méfiance et d'hostilité. Ainsi, le Mouvement donne aux individus une voix dans l'arène publique, un cercle vertueux fiable reliant l'État à son peuple, les dirigeants aux dirigés. On peut comprendre l'éthique de service positive du Mouvement comme une proposition de réparer le cercle rompu, de réunifier la société et de combler les divisions entre société et État.

Par son discours et ses actes, le Mouvement Hizmet a réveillé la conscience collective et attiré l'attention sur les dimensions sociales, culturelles et spirituelles des besoins humains, que la politique de la nation ignore ou occulte systématiquement. En Turquie, cela offre un contraste avec l'approche que l'élite autoritaire a eu du développement de la nation, qui a constamment été une approche d'exclusion. L'élite impose un ordre et une réalité qu'elle a elle seule créés. Elle exprime souvent son interprétation de la réalité avec un mépris agacé pour les doutes et les réserves de quiconque est préoccupé par la façon dont l'ordre imposé par l'élite provoque une perte d'intégrité culturelle et de continuité historique.


Le Mouvement agit en tant qu'initiative civique, animé du devoir moral de traiter autrui de façon équitable et compassionnelle. Il associe des buts collectifs à la transformation personnelle, et s'efforce de respecter en permanence les différences entre les gens. Il soutient que le service altruiste - en termes d'éducation, de santé et de bien-être, de dialogue interreligieux et de paix – est inhérent au fait d'être un vrai croyant et un vrai être humain. Pour éradiquer l'ignorance, l'arrogance, les hostilités et les fossés au sein des sociétés et entre elles, le Mouvement promeut les formes bénévoles d'action altruistes.


Le Mouvement Hizmet se distingue par la contribution substantielle et continuelle qu'il apporte aux citoyens pour qu'ils emploient leur énergie à découvrir et appliquer des solutions nouvelles qui s'inscrivent dans leur programme de développement. Il a stimulé la participation bénévole, les réseaux multiples de citoyens engagés dans des relations de confiance mutuelle et poursuivant, grâce à un dialogue respectueux et un effort accompli en collaboration, le but partagé d'améliorer les services à la communauté. En tant qu'organisations non gouvernementales, les écoles inspirées par Gülen contribuent au bien-être et aux cultures de la Turquie et d'autres pays.

L'action du Mouvement Hizmet produit pour le bien commun de nouveaux modèles, projets et responsabilités culturels, organisationnels et relationnels. Il réveille chez les gens leur disposition à s'adapter à la diversité et à la multiplicité, à renforcer la solidarité et la coopération compatissante entre différentes communautés, et à apporter leur contribution à des sociétés civiles pluralistes, démocratiques, saines et pacifiques.

Le Mouvement est un agent d'accumulation de capital social. Tirant parti de relations sociales fortement individualisées régies par la logique des SMO, la solidarité traditionnelle, la pensée flexible et un élan de dynamisme, le Mouvement Hizmet fait espérer qu'il sera possible d'atteindre et de préserver le sens du comportement humain en même temps que la richesse de la diversité dans le cadre d'une société mondialisée.


Le Mouvement a réveillé la capacité de changement, en veille depuis un moment, de la société civile. Il a réussi à incarner ce potentiel apolitique dans des institutions afin de promouvoir l'éducation et ainsi de revivifier et de consolider les institutions civiles, pluralistes et démocratiques. Il a démontré qu'il existait des canaux pacifiques, non conflictuels et institutionnels pour répondre aux demandes. Il a ouvert de nouvelles voies à la mobilité individuelle et collective, fermant ainsi la porte au développement d'actions conflictuelles. Ainsi, le Mouvement Hizmet s'est comporté comme un rempart contre des actions susceptibles de ramener tout ce que produit la société civile aux partis politiques, empêchant ainsi l'espace public d'être manipulé au profit de piètres profits et jeux politiques.


Le Mouvement, en tant qu'acteur collectif, a noué des liens avec des dirigeants de SMO, des communautés et des organisations déjà légitimés et institutionnalisés. Ces liens renforcent le prestige et la légitimité de l'action collective des acteurs des SMO et du Mouvement, ce qui peut se révéler particulièrement utile quand l'acteur collectif est contraint de réagir à des crises ou à des situations d'urgence.


Non, c'est exactement le contraire. Le Mouvement s'efforce de jouer un rôle de modernisation au sein des institutions et des sociétés. Il a contribué à créer des espaces publics partagés, où il est possible de parvenir à un accord pour partager la responsabilité sociale, au-delà des intérêts et des positions d'un parti. C'est ce que confirme le commentaire de Bartholomée, primat de l'Église orthodoxe de Constantinople : « En Turquie, les chrétiens, les musulmans et les juifs vivent ensemble dans une atmosphère de tolérance et de dialogue. Nous souhaitons évoquer le travail de Fethullah Gülen qui, il y plus de dix ans, commença à former ses coreligionnaires à la nécessité d'un dialogue entre l'islam et toutes les religions. »

La dimension morale de ces questions et la délivrance réussie de services qui transcendent tout intérêt ou position d'un parti, suscite une prise de conscience et alimente ainsi la réflexion et la discussion. C'est l'indice d'un changement culturel déjà en cours en Turquie. Certains militants laïcs au sein de l'armée et de la vieille structure élitiste voient en ce changement une agression contre leurs intérêts, ou une tentative pour modifier les relations de pouvoir à l'intérieur du système politique et acquérir ainsi une influence sur les décisions politiques.

Pourtant, à l'inverse de ce que fait typiquement une élite, le Mouvement Hizmet promeut une régénération apolitique extrêmement tolérante et ouverte des valeurs inspirées par la religion, centrées sur l'éducation, la démocratie, la tolérance et la formation d'une société civile. Les participants et les sympathisants du Mouvement Hizmet sont à l'aise avec leur héritage islamique tout en participant en même temps à une société moderne orientée vers la technologie et faisant partie d'un système mondial.


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