GÜLEN ET LA NAISSANCE DU MOUVEMENT HIZMET

Fethullah Gülen est né dans un village, à Erzurum, dans l'Est de l'Anatolie, en 1941. Il s'agit de l'année de naissance inscrite sur sa carte d'identité nationale et sur son passeport.


À l'époque, les personnes « ordinaires » en Turquie avaient très peu d'opportunités pour suivre une scolarité normale. Les parents de Gülen assurèrent sa première formation scolaire et religieuse. Ils l'envoyèrent à l'école primaire publique la plus proche de leur résidence pendant trois ans. Cependant, lorsque son père fut muté à un poste public de prédicateur et d'imam dans une autre ville, où il n'y avait aucune école secondaire, Gülen ne put poursuivre ses études secondaires.

Bien qu'à cette époque les mosquées et les prières en communauté soient autorisées par la loi, toutes les autres formes d'éducation et de pratiques religieuses ne l'étaient pas. Toutefois, comme la plupart des Turcs, les parents de Gülen, maintinrent la tradition islamique turque et s'assurèrent que leurs enfants apprennent bien le Coran et les pratiques religieuses de base, y compris la prière. Ils évitèrent toute confrontation avec les autorités et le régime, et assurèrent une éducation islamique élémentaire eux-mêmes à leurs propres enfants et à ceux de leurs voisins.


Au cours de la décennie 1950-1960, Fethullah Gülen termina sa formation et son éducation religieuses sous la houlette de différents savants éminents et de maîtres soufis, menant à la traditionnelle ijaza islamique (licence pour enseigner les sciences islamiques). Cette éducation lui fut transmise presqu'entièrement par un système informel implicitement ignoré et non soutenu par l'État, parallèle au système éducatif public. En même temps, Gülen poursuivit sa scolarité secondaire, et passa ses examens de fin d'études.

En 1958-1959, il passa et réussit l'examen d'État pour devenir imam et prédicateur. Au vu des résultats de l'examen, il fut nommé à un poste très prestigieux par les autorités étatiques à Édirne.

À la fin des années 50, il découvrit et étudia les œuvres érudites de Sa'id Nursi, Les Risale-i Nur (Épîtres de la Lumière). Gülen n'eut jamais l'occasion de rencontrer ce célèbre savant, auteur.


Il fut le penseur musulman du monde islamique le plus important de l'époque républicaine. Nursi était un moderniste musulman dont les écrits élaborent un rapprochement entre les idées de démocratie constitutionnelle, de liberté individuelle et de foi religieuse.

Pendant la Première Guerre mondiale, Nursi combattit contre l'invasion étrangère et pour l'indépendance. Il dénonça l'autoritarisme islamique moderne et, en même temps, le retard et le séparatisme économiques et politiques. Ses idées de conscience musulmane moderne insistaient sur le besoin que la croyance religieuse joue un rôle important dans la vie publique. Il refusa qu'on empêchât le grand public d'accéder à la connaissance, qu'elle soit religieuse ou scientifique, et il parvint à maîtriser le développement scientifique et technologique.

Bien qu'il ne fût impliqué dans aucune rébellion, les tribunaux de l'indépendance des premières années de la République le condamnèrent à l'exil en Anatolie Occidentale en raison de ses activités religieuses.


Pendant ses années passées à Édirne, Gülen vécut dans un ascétisme pieux tout en fréquentant les gens et en restant en bons termes avec les autorités civiles et militaires qu'il côtoyait. Il constata à quel point les jeunes étaient attirés par les idéologies extrémistes et radicales, et s'efforça dans ses prêches de les détourner de ce genre d'idées. Avec son propre argent, il achetait et diffusait des publications afin de riposter au communisme athée et à l'athéisme agressivement militant. Il voyait l'érosion des valeurs morales traditionnelles dans la jeunesse et parmi la classe instruite de la société turque. Cette érosion alimentait la criminalité et le conflit politique et social. Ces observations et ces expériences eurent un effet structurant sur l'autorité intellectuelle de Gülen dans la communauté, et renforcèrent sa foi en termes de signification et de valeur des êtres humains et de la vie humaine.


En 1961, Gülen fut envoyé à Iskenderun dans le cadre de son service militaire obligatoire. Son supérieur lui confia la responsabilité d'enseigner aux soldats la religion et la morale. Conscient de la capacité intellectuelle de Gülen, l'officier lui donna de nombreux textes occidentaux classiques à lire. Tout au long de son service militaire, Gülen conserva son style de vie simple et ascétique. En 1963, après son service militaire, Gülen donna à Erzurum une série de conférences sur Mawlana Jalal ad-Din ar-Roumi et les questions morales.


En 1964, il fut nommé à une nouvelle fonction à Édirne, où son influence grandit aussi bien chez les jeunes instruits que chez les gens ordinaires. Les autorités laïques militantes furent mécontentes de son influence et voulurent le révoquer. Avant qu'ils aient pu y parvenir, Gülen s'était lui-même chargé d'une fonction dans une autre ville, Kýrklareli, en 1965. Il organisa dans cette ville des cours du soir et des discussions après ses heures de travail. Dans cette étape de sa carrière, comme auparavant, il ne s'engagea activement dans aucun parti politique et n'enseigna que les valeurs morales dans les affaires personnelles et collectives.


En 1966, Yaþar Tunagür, qui avait connu Gülen bien plus tôt dans sa carrière, fut nommé adjoint du chef de la Direction des Affaires Religieuses du pays. Pendant qu'il occupait cette fonction à Ankara, Tunagür nomma Gülen au poste qu'il venait lui-même de quitter à Izmir sur la côte de la mer Égée.

Le 11 mars, Gülen fut muté vers la région d'Izmir, où il fut responsable de la direction d'une mosquée, des études et de l'hébergement, et fut chargé de prêcher dans la région de la mer Égée. Il continua à vivre de façon ascétique. Pendant presque cinq ans, il vécut dans une petite cabane près de la mosquée Kestanepazari n'acceptant aucun salaire pour son service. C'est durant ces années que les idées de Gülen sur l'éducation et le service à la communauté commencèrent à mûrir et à prendre leur forme définitive. À partir de 1969, il organisa des rencontres dans des cafés, dispensa des cours à travers la région et dans les villages de la région. Il organisa aussi des camps d'été pour des collégiens et des lycéens.


Le 12 mars 1970, lors du coup d'État militaire, beaucoup de musulmans éminents d'Izmir qui avaient soutenu la mosquée Kestanepazari et participé aux activités destinées aux jeunes de la région, furent arrêtés. Le 1 mai, Gülen fut également arrêté et détenu six mois sans chef d'accusation, avant d'être libéré le 9 novembre. Plus tard, tous ceux qui étaient liés à la mosquée Kestanepazari furent également libérés sans être inculpés eux aussi.

Quand on les interrogea plus tard sur ces arrestations, les autorités dirent qu'elles avaient arrêté tant de gens de gauche qu'elles avaient estimé nécessaire d'arrêter quelques musulmans importants pour éviter qu'on les accuse d'injustice. Gülen fut libéré à condition de ne plus dispenser de conférences publiques.


Non. En 1971, Gülen quitta ses fonctions et la mosquée Kestanepazari, mais conserva son statut de prédicateur agréé par l'État. Il commença à mettre en place de nouveaux établissements éducatifs et d'internats dans la région de la mer Égée. Les finances nécessaires provenaient des habitants de la région. C'est alors qu'un groupe d'une centaine de personnes commença à acquérir une certaine visibilité en tant que groupe au service des autres, c'est-à-dire un groupe rassemblé autour des idées de service à la communauté et d'action positive développées par Gülen.


Entre 1972 et 1975, Gülen occupa les fonctions de prédicateur dans plusieurs villes des régions de la mer Égée et de la mer de Marmara. Il continua à prêcher et à enseigner les idées sur l'éducation et l'éthique du service qu'il avait développées. Il continua à créer des foyers pour les lycéens et les étudiants. À cette époque, les opportunités d'études étaient encore rares pour les gens ordinaires d'Anatolie. La plupart des résidences étudiantes dans les grandes villes étaient contrôlées ou infiltrées par des extrémistes de gauche ou de droite et bouillonnaient dans une atmosphère extrêmement politisée. Les parents habitant dans les villes provinciales, dont les enfants avaient réussi les concours d'entrée à l'université ou au lycée des grandes villes étaient face à un dilemme – laisser des idéologues s'occuper de leurs enfants ou empêcher leurs enfants de poursuivre leurs études en les gardant à la maison.

Les résidences étudiantes mises en place par Gülen et ses compagnons offraient aux parents la possibilité d'envoyer leurs enfants dans les grandes villes pour y poursuivre leur éducation, tout en les protégeant d'un environnement hyper-politisé.


Les gens qui partageaient l'éthique du service de Gülen mirent en place un système de bourses pour les étudiants afin de contribuer à ses efforts engagés dans le domaine de l'éducation. Le financement des foyers et des bourses fut entièrement assuré par les communautés locales, où l'idée d'une éthique du service (hizmet) se développait peu à peu.


Encouragée par Gülen, une partie de la population commença à se mobiliser autour de son discours sur l'action positive et la responsabilité. Elle souhaitait réagir aux effets des idéologies violentes et du désordre social et politique qui en découlait car leurs enfants et la jeunesse en général y étaient directement concernés. Les étudiants résidant dans les foyers commencèrent eux aussi à participer à l'action positive et à la diffusion du discours de service à la communauté. Périodiquement, ils retournaient dans leur ville natale et rendaient visite aux villes et aux villages avoisinants. Ils diffusèrent consciencieusement l'idée du Mouvement Hizmet dans la région en parlant des expériences qu'ils avaient vécues et des idées développées par Gülen.

Depuis 1966, les discours et les conférences de Gülen avaient été enregistrés sur cassettes audio et avaient été distribuées à travers la Turquie. Ainsi, le réseau de relations déjà existant, ce nouveau type de service à la communauté, l'activisme des étudiants et les nouvelles technologies de l'information contribuèrent à la diffusion rapide du discours sur le Mouvement Hizmet à travers tout le pays.


En 1974, les premiers cours préparatoires à l'université furent mis en place à Manisa, où Gülen était alors en poste. Jusque là, c'étaient surtout les enfants des familles très riches et privilégiées qui avaient accès aux études universitaires. Les nouveaux cours à Manisa furent un espoir pour les enfants des familles populaires d'Anatolie et leur permirent de saisir des opportunités d'études meilleures. L'idée que les enfants des familles populaires, pouvaient entreprendre des études supérieures et y réussir s'ils étaient suffisamment soutenus, s'imposa.

Les récits de ces réussites se répandirent, et l'année suivante Gülen fut invité à prononcer une série de conférences à travers toute la Turquie. L'idée de service commença à s'enraciner solidement dans différentes villes et régions du pays. C'est à partir de ce moment-là que nous pouvons parler d'institutionnalisation ou d'un mouvement de mobilisation, regroupant des gens engagés à soutenir les services d'enseignement et de services apolitiques et altruistes à travers le pays.


En 1976, la Direction des Affaires Religieuses nomma Gülen à Bornova, dans la province d'Izmir. Izmir est le siège d'une des principales universités de Turquie, ayant une importante population étudiante et où se déroulaient beaucoup d'activités militantes typiques des années 70.

Les extorsions de fonds en échange de protection auprès de petits industriels ou commerçants de la ville que menaient des groupes gauchistes, perturbaient délibérément la vie économique et sociale de la communauté. Ces événements attirèrent l'attention de Gülen. Les racketeurs avaient déjà effectués plusieurs assassinats. Dans ses sermons, Gülen dénonça ces pratiques et incita ceux qui étaient menacés par des extorsions à ne céder ni aux menaces ni à la violence, et à ne pas réagir par la violence, exacerbant ainsi la situation. Il les poussa à dénoncer les crimes à la police et à s'occuper des racketeurs comme il convenait. Après ces appels au calme, Gülen reçut des menaces de mort.

En même temps, il défia les étudiants de gauche comme de droite de venir à la mosquée pour discuter de leurs idées avec lui. Il proposa de répondre à toute question qu'ils lui poseraient, qu'elle soit profane ou religieuse. Beaucoup d'étudiants saisirent cette opportunité. Ainsi, en plus de ses obligations quotidiennes consistant à transmettre un enseignement religieux traditionnel et à prêcher, Gülen consacrait chaque soirée du dimanche à ces séances de discussion.


En 1977, il voyagea en Europe du Nord, rendant visite aux communautés turques et prêchant pour leur faire prendre conscience de l'importance des valeurs et de l'éducation. Il les invita à l'éthique du Mouvement Hizmet, de l'action positive et du service altruiste. Il leur conseilla à la fois de protéger leurs valeurs culturelles et religieuses et de s'intégrer dans leur société d'accueil.


Non. Ses efforts suscitèrent des réactions positives de la part des autorités. À l'âge de trente-six ans, Gülen était devenu un des trois prédicateurs les plus reconnus et influents de Turquie. En 1977, par exemple, quand le Premier ministre, les ministres responsables et les dignitaires de l'État vinrent à la prière du vendredi à la Mosquée Bleue à Istanbul – événement politiquement sensible en Turquie – Gülen fut invité à prêcher.


Gülen incita les acteurs du Mouvement à publier. Certains de ses articles et de ses cours furent publiés sous forme d'anthologies. À la fin des années 70, un groupe d'enseignants inspirés par ses idées créa la Fondation des Enseignants pour soutenir l'enseignement et les étudiants.

En 1979, la Fondation des Enseignants lança son propre magazine mensuel « Sýzýntý » qui atteint les meilleures ventes parmi les mensuels en Turquie. Ce magazine faisait œuvre de pionnier car il traitait de sciences, de religion et de littérature. Sa mission éditoriale était de montrer que la science et la religion ne sont pas incompatibles, et que réussir dans cette vie exigeait qu'on ait des connaissances dans les deux domaines.

Dès la création de Sýzýntý, chaque mois Gülen signa un éditorial et une rubrique traitant des aspects spirituels de l'islam (soufisme) et de la foi dans la vie moderne.


En Turquie, jusque dans les années 80, dominaient l'hyper-politisation sur tous les sujets de société et les divisions artificielles entre les individus. Des questions extrémistes et idéologiques étaient soulevées entre les gens de droite et les gens de gauche, autour de la distinction sectaire entre alévis et sunnites, autour de la distinction ethnique entre Turcs et Kurdes, et plus tard, autour des divergences de la définition de la laïcité entre tenants de la laïcité et gens religieux. Ces questions suscitèrent, dans la société, des tensions et des luttes qui commencèrent à affaiblir sa sécurité et sa stabilité, voire même sa survie. Des milliers de gens furent tués.

Pendant cette période, Gülen, en tant que savant, écrivain, prédicateur et personnalité de la société civile, s'efforça de sortir les individus de la tension et du conflit social. Son message toucha le grand public grâce aux cassettes audio et vidéo, aux conférences publiques et aux séances de discussions. Il appelait les individus à ne pas prendre part aux débats conflictuels et aux combats idéologiques partisans en cours. Il analysait les conditions dominantes et les idéologies cachées derrière la violence, le terrorisme et les affrontements dans la société. Il fit appel à sa culture générale et ses ressources intellectuelles et personnelles pour convaincre les individus (en particulier les jeunes étudiants) de ne pas recourir à la violence, au terrorisme et à la destruction mais d'établir une société de progrès, prospère et pacifique.

Il défendait l'idée que la violence, le terrorisme, la mort, l'ignorance, le déclin moral et la corruption pouvaient être surmontés par la tolérance et la compassion, grâce à la discussion, l'interdépendance, l'éducation et la coopération. Il rappelait aux individus qu'ils ne devaient pas tout attendre du système étant donné son retard dans certains domaines, sa bureaucratie étouffante, sa stagnation partisane et procédurière, et son manque de personnel qualifié. Il incitait au contraire les individus à employer les droits que leur donnait la constitution pour contribuer à la société et à la servir de façon constructive et altruiste. En outre, il les persuadait qu'un tel service était à la fois le moyen et la fin pour être une bonne personne, un bon citoyen et un bon croyant.


Gülen commença à parler aux gens des différentes conditions sociales en Turquie. Il rendait visite aux individus, aux groupes, se rendait dans les cafés, les petits villages, les villes et les grandes métropoles. Des petites entreprises aux grandes industries et aux exportateurs, des collégiens aux doctorants et au corps enseignant, des gens ordinaires aux dirigeants et aux élites ; à tous il communiquait le même message : une éducation et des institutions saines. Pour y parvenir il fallait une contribution et des services emprunts d'altruisme. Il faisait appel à des valeurs présentes dans toutes les traditions et religions : le devoir, l'obligation morale, la contribution bénéfique, le philanthropisme bénévole et les services altruistes. Ses auditeurs mettaient en place des résidences, des écoles primaires, des collèges et des lycées, des universités, des centres d'étude, des cours préparatoires à l'université, des organes de presse et des médias, des maisons d'édition, des bourses d'étude et des financements pour des travaux de recherche. Les acteurs du Mouvement menèrent une action de modernisation du système éducatif. Leur comportement à l'égard du monde extérieur se traduisit en un soutien institutionnel ou en une forme élaborée d'entreprise socialement coopérative.

Gülen croyait sincèrement en la libre entreprise et l'encourageait. Selon lui, les croyants, en Turquie comme à l'étranger, devaient être prospères. Il insistait sur le fait que l'éducation allait de pair avec le développement, et sur la relation ferme entre économie et culture. Il recommandait la connaissance pour lutter contre l'ignorance, le travail pour vaincre la pauvreté, et la solidarité et la cohésion contre la désunion et le schisme.


En février 1980, Gülen donna une série de conférences auxquelles des milliers de gens assistèrent. Il y prêcha contre la violence, l'anarchie et le terrorisme. Des enregistrements de ces conférences furent largement commercialisés sous forme de cassettes audio.


En Turquie, la primauté donnée au combat entre partis politiques a bridé le potentiel d'innovation présent dans la société. Il a fait obstacle au développement d'une culture civique autonome. Il a également empêché la reconnaissance identitaire profonde et progressive du grand public dans les institutions démocratiques.


Bien qu'il ne fût lui-même impliqué dans aucun mouvement politique, Gülen s'engagea activement, en tant que prédicateur et enseignant, avec des personnes plongées dans la culture des mouvements de droite et de gauche. Il comprit que l'hyper-politisation artificielle des questions non politiques déformait et dissolvait de nombreuses choses dans la violence. Il fut témoin de crises au sein des mouvements politiques qui résultaient d'une augmentation des activités terroristes.

Il estimait que, dans des situations où la force brutale était proposée comme solution aux problèmes, « il est impossible de parler d'intelligence, de jugement, de droits, de justice et de droit. Ce sont au contraire l'arbitraire, l'injustice et l'oppression qui règnent à leur place. »


Le 5 septembre 1980, Gülen parla en chaire, avant de prendre un congé maladie de vingt jours.

Le 12 septembre, le jour du coup d'État militaire, sa maison fut attaquée. Il ne fut pas arrêté car il n'était pas chez lui. Il demanda un autre congé de quarante-cinq jours. La maison où il était accueilli fut alors attaquée, et il fut arrêté. Après six heures d'interrogatoire, il fut libéré.

Le 25 novembre, il fut muté à Çanakkale. Mais, à nouveau malade, il ne put y assurer son service. À partir du 20 mars 1981, il prit un congé pour une durée indéterminée.


Avant, pendant et après les deux coups d'État de 1960 et 1974, il y eut beaucoup d'agitations, d'attentats à la bombe, d'assassinats, d'affrontements et de combats de rue organisés entre les groupes opposés. Au troisième coup d'État, le peuple turc avait appris à garder son calme. Il n'y eut aucune réaction publique visible.


Les communautés religieuses, y compris le Mouvement Hizmet, poursuivirent leurs activités légales et pacifiques sans attirer l'attention sur eux. Gülen et le Mouvement évitèrent les grands rassemblements publics mais continuèrent à promouvoir l'éthique du service à travers les publications et de petites réunions. Le Mouvement se tourna alors vers l'emploi de la technologie. Pour la première fois en Turquie, les discours d'un prédicateur furent enregistrés et distribués en cassettes vidéo.

Malgré le coup d'État, le Mouvement continua à se développer et à réaliser avec succès ses actions. En 1982, les acteurs du Mouvement créèrent un lycée privé, Yamanlar Koleji, à Izmir.


En 1989, Gülen fut contacté par la Direction des Affaires Religieuses qui lui demanda de reprendre sa fonction. Sa licence fut rétablie pour lui permettre de servir en tant que prédicateur émérite, avec le droit de prêcher dans toutes les mosquées de Turquie. De 1989 à 1991, il prêcha à Istanbul le vendredi et le samedi alternativement à Istanbul et à Izmir, dans les plus grandes mosquées de ces villes. Ses sermons attiraient des dizaines de milliers de personnes, audiences sans précédent dans l'histoire turque. Ces sermons furent enregistrés sur cassettes vidéo et également diffusés.

Au début des années 90, la police découvrit plusieurs complots montés par des militants islamistes marginaux et par de petits groupes idéologiques visant à assassiner Gülen. Ces groupes placèrent aussi des provocateurs autour des mosquées où il prêchait, dans le but de provoquer le désordre dans les foules lorsqu'elles se dispersaient après les sermons de Gülen. Gülen avait averti la communauté de ces mauvaises intentions et les pratiques pacifiques du Mouvement étaient déjà bien établies, c'est pourquoi ces tentatives échouèrent et la police s'occupa des provocateurs.

En 1991, Gülen cessa une fois de plus de prêcher devant de grands rassemblements dans les mosquées. Il sentit que certains essayaient de le manipuler ou d'exploiter sa présence et la présence des acteurs du Mouvement à ces grands rassemblements publics. Il continua cependant à être actif dans la vie sociale, enseignant à de petits groupes et participant à l'action collective du Mouvement.


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