LES PLATEFORMES DE DIALOGUE

Les activités interculturelles et interreligieuses du Mouvement sont en général considérées comme très positives et étroitement liées à l'avenir de la Turquie.

Un exemple marquant de la participation personnelle de Gülen aux affaires interculturelles (et de l'opposition de l'élite protectionniste à son œuvre) fut sa rencontre avec le pape Jean-Paul II. Cette rencontre fut considérée comme une évolution majeure. Les commentateurs turcs qui ont critiqué Gülen pour cette rencontre ont à leur tour été ouvertement critiqués pour préférer appartenir à un régime isolationniste et totalitaire.

Aussi le grand public et les intellectuels expriment-ils leur soutien à des activités interculturelles et interreligieuses telles que la rencontre de Gülen et du pape. De telles activités sont des mesures de sécurité très importantes pour la démocratisation de la Turquie et une contribution notable pour la stabilité étatique de la Turquie.


La Fondation des journalistes et écrivains (GYV), fondée en 1994, a créé de nombreuses plateformes – par exemple les plateformes de Littérature, de Dialogue Eurasia et des femmes. Dans le langage courant, on les appelle souvent des « plateformes d'Abant » alors qu'on devrait plutôt les nommer « plateformes de la Fondation des journalistes et des écrivains (GYV) ».

Les plateformes sont des groupes de réflexion traitant de questions sociales et culturelles controversées. Elles mettent au premier plan des sujets urgents qui doivent être abordés dans un esprit constructif, et lancent des discussions publiques et des négociations sur des questions qui ont été sources de tensions et d'affrontements pendant des décennies. Les participants s'efforcent d'atteindre un consensus permettant à des points de vue différents de cohabiter pacifiquement au sein de la société.

Les plateformes furent en Turquie une entreprise pionnière. Aux premières réunions des plateformes, les participants remarquèrent que c'était la première fois dans la Turquie moderne, que des scientifiques, des chercheurs, des gens de religion, des artistes et des fonctionnaires se retrouvaient, s'asseyaient côte à côte, se parlaient et s'écoutaient respectueusement.

Les plateformes sont maintenant largement reconnues comme des forums efficaces pour exprimer des dilemmes que beaucoup de gens en Turquie espéraient ardemment voir discutés publiquement et résolus. Le Mouvement a ainsi contribué à développer une potentialité pour la coexistence, pour la formation d'une compréhension commune de la citoyenneté sans affrontement et avec l'espoir d'un respect et d'une tolérance mutuels.


Il y a eu une tendance dans la politique turque à essayer de traiter certaines questions très complexes – ethnicité, l'observance religieuse, la laïcité, le rôle des militaires dans la politique, la cohésion et la paix sociales, l'éthique du travail, les valeurs universelles – dans l'arène étroite de la concurrence politique. Cependant, suite à cette politisation des questions posées, aucun changement concret n'est intervenu dans le mode de fonctionnement des institutions publiques. Les problèmes sous-jacents continuent par conséquent à embarrasser la nation.

Face à cette situation de stagnation, les plateformes GYV ont exposé ces questions publiquement afin qu'elles puissent être présentées à l'ordre du jour des autorités de décisions. Ces plateformes ont permis la transformation des initiatives en possibilités de changement social, sans abolir l'autorité de décision de l'arène politique.


Le Mouvement se différencie manifestement des initiatives locales qui traitent de tels problèmes par sa méthode. Comme il n'est pas un parti politique et qu'il n'essaie pas d'accéder au pouvoir politique, il ne pollue pas ses missions culturelles et éducatives par des stratégies et des ambitions politiques. Il aborde de manière adéquate les questions qui doivent être résolues, et appelle au changement en prenant des responsabilités et en s'occupant des individus et de leurs besoins, plutôt qu'en adoptant des positions politiques et gouvernementales. En ce sens, le Mouvement montre plus de désintéressement qu'un parti politique ou qu'un mouvement politique.

Les plateformes GYV élaborent et diffusent des idées, des informations et des connaissances. Ces idées relèvent d'une logique différente et permettent à de nouveaux discours et à de nouvelles idées d'être exprimés et entendus. Ils sont différents des discours et des idées que veulent imposer les groupes de pression dominants en Turquie. Il ne s'agit pas d'ignorer naïvement la tendance de ces groupes dominants à revendiquer un contrôle hégémonique sur les mécanismes et les processus politiques. Il s'agit plutôt de prendre place au sein du Mouvement ou de rester en dehors du Mouvement, d'enseigner en connaissance de cause le rôle des institutions sociales, et d'aider ainsi à définir ce que pourrait devenir une démocratie participative dans le pays.


Elles contribuent à élever le niveau de conscience et de compréhension des questions controversées. Grâce aux organes de presse, à d'autres institutions, et aux plateformes GYV, les participants démontrent leur capacité à redéfinir les problèmes sociaux et les solutions. Les intellectuels venant d'horizons très divers sont engagés dans cet effort d'amélioration de la prise de conscience et de contribution à la prise de décisions saines, fondées sur une information correcte.


Les plateformes GYV permettent aux gens de dégager et de reconnaitre les sens de leur personnalité et de la vie collective. Elles utilisent une méthode différente de celle des mouvements qui manipulent les gens en leur imposant les conceptions données. Les plateformes constituent une coordination consensuelle de plans d'action que les individus mettent en œuvre. Elles rendent visibles les sources de pouvoir et les possibilités nouvelles qui toutes peuvent aider à gérer les conflits systémiques dans une société complexe. Elles sont, en Turquie, des formes nouvelles de responsabilisation sociale et de prise de responsabilité.


Gülen et les plateformes GYV ont réussi à atteindre leur but qui était de rassembler les différentes factions de la société pour le bien commun. Ils se distinguent ainsi de ceux qui divisent et maintiennent les gens dans des camps différents, dans une opposition radicale.

Les gens – allant politiquement de la gauche à la droite, des musulmans pratiquants aux tenants d'un laïcisme ardent, des vétérans de la politique aux citoyens ordinaires, et des acteurs ordinaires jusqu'aux dirigeants de communautés non musulmanes de Turquie – se rassemblèrent en commençant par interroger le passé, à voir une réalité différente et à s'ouvrir au changement et au renouveau. Par exemple, le patriarche arménien Mutafian a dit : « Alors que jusqu'à une période récente des gens appartenant à la même religion ne pouvaient pas se rassembler dans ce pays (Turquie), aujourd'hui, des gens de religions différentes peuvent partager un repas. La personne qu'il faut remercier pour cette évolution, c'est Fethullah Gülen, et avec lui la Fondation des journalistes et des écrivains, dont il est le président. Nous suivons le chemin qu'il a ouvert. »


Le discours et la pratique de Gülen ont été soutenus par de nombreux intellectuels libéraux et d'anciens marxistes bien connus. Tous ces gens affirment et admettent aujourd'hui que la solution aux problèmes de la Turquie est liée à l'atteinte d'un consensus. En outre, certains universitaires influents, jugés « islamistes » par les cercles universitaires occidentaux, ont également modifié leur discours et leurs actes et les ont rendus conformes aux idées de Gülen. Ils affichent des idées et des attitudes différentes de leurs positions antérieures.


Non. Comme on l'a souligné précédemment, Gülen et la Fondation des journalistes et des écrivains ont réuni sur un terrain commun des laïques et des anti-laïques, qui avaient été artificiellement divisés sur cette question. Gülen prétend que la laïcité ne devrait pas être un obstacle à la piété religieuse, et que la piété ne constitue pas un danger pour la laïcité. Les plateformes GYV permettent à ces deux groupes au sein de la société turque de dialoguer.


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