La question du charisme est un processus qu'on rencontre dans les sectes et les chapelles. C'est un processus qui fait du leader du groupe un être spécial, et même un être supérieur aux yeux des membres de la secte. Il comporte la construction de mythes autour de l'enfance du leader, de lieux sacrés, d'objets saints qu'il a utilisés ou touchés, etc. L'image d'un être supérieur prêt à descendre au niveau des gens ordinaires est construite. Le charisme suscité par ses partisans fait du leader du groupe une personne inexplicable, imprévisible, arbitraire dans l'exercice de l'autorité et encline à abuser du pouvoir. Disposant de ce pouvoir et n'étant limité par aucune règle ou tradition, le leader peut ordonner ou intervenir dans tous les domaines de la vie de ses partisans – qui ils épousent, s'ils auront des enfants ou non, le travail qu'ils feront, l'endroit où ils vivront, peut-être même s'ils vivront – jusqu'aux détails les plus insignifiants. Cette autorité s'applique à tout, et le leader peut revenir sur ses décisions et ses ordres sur un coup de tête et à tout moment.

Se distinguant fortement de cette forme de charisme, les acteurs du Mouvement n'accordent à l'évidence pas ce genre d'autorité sans limite et arbitraire à Fethullah Gülen. Ceux qui connaissent Gülen ou entrent en contact avec lui reconnaissent et respectent son savoir, son ascétisme, sa piété, son expertise et son érudition en matière religieuse, spirituelle et intellectuelle. Ils ne lui attribuent pas un charisme sacralisé. Que Gülen soit habituellement présenté comme le leader du Mouvement – chose qu'il n'a lui-même jamais acceptée ni approuvée – n'a pas eu pour conséquence de susciter l'émergence d'une personnalité autoritaire. Le Mouvement est resté attaché à la mise en œuvre d'une réflexion collective, d'une consultation et d'un consensus qui évitent l'apparition d'une mentalité grégaire ou d'une « pensée unique » auxquelles on se laisserait aller.


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