Non, Gülen ne propose pas un retour nostalgique aux modèles ottomans. Ses références à l'histoire ne comportent aucune allusion à la politique culturelle. Il n'essaie pas de dénigrer une période de l'histoire, en particulier les moments associés aux origines de la modernité en Turquie. Il n'évoque pas le passé pour exprimer le souhait que le sultanat soit restauré comme raccourci vers l'unité et l'ordre, et il n'idéalise pas la « patrie », la « religion » ou la « famille » pour en faire des causes. Il reconnaît et comprend les complexités du monde moderne.

Depuis la naissance du Mouvement, Gülen propose des modèles d'amélioration personnelle conduisant à la transformation sociale. Il ne voit pas dans le passé une stratégie pour renforcer l'ordre politique actuel, et il ne considère pas non plus qu'un modèle nouveau fondé sur le passé puisse ou doive être actuellement remis en place. En effet, il appelle ce type de pensée un anachronisme grotesque, et dit qu'aucune personne sensée ne peut penser qu'un tel saut dans le temps peut être fructueuse. Selon lui, la Turquie ne retrouvera pas l'hégémonie internationale qu'elle exerçait avant la Première Guerre mondiale. Pour Gülen, l'idée même d'un tel impérialisme culturel est incompatible avec les réalités économiques, militaires et géographiques actuelles. Les efforts de Gülen et du Mouvement sont très différents des projets réactionnaires cherchant à faire revivre et à restaurer le passé. Gülen ne cesse de répéter que « si l'on ne s'adapte pas aux circonstances nouvelles, nous serons condamnés à l'extinction ».

Gülen recherche dans le passé des exemples à suivre et les erreurs à éviter, autrement dit il regarde le passé comme un moyen de dépasser ce qui nous en reste. Il a déclaré : « Il est aujourd'hui à l'évidence impossible de vivre avec des conceptions obsolètes qui sont loin de la réalité. Comme il est impossible de continuer l'état ancien, il reste à adopter un nouvel état ou à disparaître. Soit nous façonnerons notre monde ainsi que l'exige la science, soit nous serons jetés dans un gouffre, nous et le monde dans lequel nous vivons. »

Par contre, être conscient de l'histoire clarifie les concepts du présent, qui sont pour la plupart forgés à partir des concepts et des événements du passé. À ce propos, Gülen a dit : « Si garder nos yeux fermés face à l'avenir relève de l'aveuglement, alors le désintérêt pour le passé est une calamité ». En proposant un très large éventail de thèmes et de personnages historiques, Gülen donne de l'espoir et fait accéder ses auditeurs aux sagesses nécessaires pour se réformer et progresser dans une société mondialisée. Pour lui, connaître l'histoire est une voie menant vers un avenir innovant et réussi, où les gens seront à même de savoir où ils vont.


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